Archives quotidiennes : 28 juin 2011

-L- LA LETTRE VOLEE (Le manuscrit 193 de la Biblothêque municipale de Vendôme*) ou UNE TENTATIVE VAINE DE FACILITER LA CANONISATION de ROBERT D’ARBRISSEL.

*Ce manuscrit du XIIe siècle, recueil d’œuvres de Geoffroy, est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque municipale de Vendôme sous la cote 193. Curieusement, le premier feuillet de la lettre à Robert y fait défaut…

Promue abbesse en 1637, confrontée à une rébellion des moines fontevristes , Jeanne-Baptiste de Bourbon tenta, dés son entrée en fonctions (1637-1670) d’obtenir la canonisation de Robert d’Arbrissel vers 1645. Fille légitimée d’Henri IV, demi-sœur de Louis XIII, elle pouvait compter sur de puissants appuis. Exalter la figure du fondateur, c’était une habile manière de rappeler qu’il avait lui-même conçu, à Fontevraud, la soumission des hommes à l’abbesse.

C’était aussi prendre le risque de mettre en lumière les aspects les plus sulfureux de l’ermite médiéval. Deux lettres en particulier témoignaient de son comportement suspect avec les femmes : l’une due à Marbode, évêque de Rennes, l’autre à Geoffroy , Abbé de l’Abbaye  de la Trinité de Vendôme

http://lettrevolee.irht.cnrs.fr/vol.htm

Et voici un extrait de ce qu’écrivait l’Abbé Geoffroy.

j’ai appris qu’il court sur votre compte des bruits sinistres d’après lesquels vous auriez fait et vous  feriez encore des choses telles que, si elles sont vraies, il faut les réformer.en toute hâte, sans chercher aucune excuse pour vous défendre ; j’en conjure votre candeur par les entrailles de ma charité fraternelle ! J’ai entendu dire en effet que dans votre active sollicitude pour le sexe féminin, que vous avez entrepris de gouverner, vous suivez deux modes de conduite très opposés l’un à l’autre, mais qui excèdent également les bornes de la discrétion.

      Il est, dit-on, certaines femmes auxquelles vous permettez d’habiter familièrement avec vous ; on ajoute même que vous ne rougissez pas de coucher souvent pendant la nuit avec elles et au milieu d’elles, et par là vous croyez, ainsi que vous l’affirmez vous-même, porter dignement la croix du Sauveur, en vous efforçant d’éteindre les ardeurs de la chair si imprudemment allumées.

    Si vous agissez, si vous avez jamais agi ainsi, vous avez imaginé un nouveau genre de martyre inconnu jusqu’ici, mais infructueux ; car on ne peut tirer aucun fruit,  aucune utilité de ce qui est contraire à la raison.

La lettre volée. Le manuscrit 193 de la bibliothèque de Vendôme – © CNRS-IRHT 2002

http://lettrevolee.irht.cnrs.fr/pdf/petigny.pdf

Qu’à cela ne tienne ! Jeanne-Baptiste envoie deux religieux à l’abbaye de la Trinité, avec mission de détruire les feuillets du manuscrit qui conservent l’embarrassante missive de Geoffroy. Les émissaires arrivent à s’introduire dans la bibliothèque, mais, par incompétence ou par précipitation, ils ne soustraient au manuscrit que le premier feuillet portant la lettre adressée à Robert. Jeanne-Baptiste, par ailleurs, semblait ignorer que d’autres manuscrits, en particulier celui du Mans, contenaient copie de la même pièce et qu’elle avait été éditée par Sirmond en 1610.

http://lettrevolee.irht.cnrs.fr/vol.htm

L’anecdote est contée avec brio par Jules de Pétigny dans un bel article publié en 1854 dans la Bibliothèque de l’École des chartes, article auquel nous  vous renvoyons… un régal !

http://letrevolee.irht.cnrs.fr/pdf/petigny.pdf

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-R- REGLE DE L’ORDRE DE FONTEVRAUD (Interdiction de recevoir lettres, présens; De l’Office divin)

CHAPITRE X. – Qu’il n’est pas permis de recevoir lettres, ou présens.

« Il ne vous est aucunement permis de recevoir de vos parens, ny de qui que ce soit, non pas mesme d’entre vous autres, lettres, gratifications, ou présens quelconques, ny de les donner, sans le commandement de laPrieure…. Toutes choses soient communes à toutes, comme il est escrit, et personne ne dise que quelque chose soit sienne, ou présume l’avoir à soy. Que si quelqu’une avoit été surprise en ce très pernicieux vice, qu’elle soit admonestée une et deux fois, et si elle ne s’amende qu’elle soit soumise à la correction. Si on trouve à aucune qui seroit décédée quelque chose de notable en propriété, et qu’elle auroit caché ou celé, telle personne ne soit enterrée qu’en lieu prophane. La pauvreté soit aussi en commun, en sorte que vous n’amassiez point de thrésors, et ne vous serviez de vaisseaux d’argent, ou autres choses précieuses. »

CHAPITRE XVIII. – De l’Office Divin.

« Quand vous ferez de la férié en l’Advent et Caresme, vous direz devant Matines les quinze Pseaumes accoustumez, et les sept Pseaumes avec la Litanie après Matines. Et en Caresme vous direz après chaque heure un Psalme estant de genoux et les coudes en terre. En autre temps, excepté le temps Paschal, vous direz quinze Pseaumes tous les Vendredis et jours de jeûsnes ordonnez de l’Eglise, n’estoit que ce fut une feste de douze leçons ou dans quelques octaves ; vous réciterez tous les jours l’office des morts avec un nocturne et trois leçons, excepté les vigiles et jours de grands doubles, les vigiles des petits doubles, les samedis et octaves de Pasques, Pentecoste et de la Nativité de Nostre Seigneur. On dira une fois la sepmaine l’office de tous les SS., à scavoir Vespres et Laudes. L’Office de la Bien-heureuse Vierge sera tous-jours récité au Chœur, excepté les grands doubles et quelque peu d’autres jours qui sont marquez en vostre Bref. Et comme on doit faire es Vigiles, Dimanches et aux jours privez ; et avec quelle solennité on dit Matines ; semblablement, comme on fait les Vigiles et comme es solennitez et festes des Saincts on dit les Alleluya ; et de quelle manière il faut faire le jour et la nuict le service divin; combien de Psalmes il faut chanter en chacune des heures et en quel ordre ; et en quels Dimanches il faut commencer chaque histoire, comme aussi des cérémonies que vous devez observer, tout cela est escrit au nouveau Bref, lequel a esté fait par nostre authorité, ou pour mieux dire par celle du Saint Siège, paraphé de nos seings manuels, lequel Bref ou ordinaire on lira aux Samedis et vigiles des festes dans le Chapitre, à scavoir : à la fin du Chapitre si c’est un jour où on le tienne, ou après Grâces, ou après Nones. Mais les Sœurs layes, pour tout Office, soient tenues d’entendre tous les jours la Messe, n’estoit que la Mère Prieure eur eust enjoint une autre obédience. Elles pourront aussi dire les heures de la Bien-heureuse Vierge, et les Vigiles des Morts, ou, si elles ne sçavent point les dites heures, elles diront : pour Matines, quatre Pater noster et Ave Maria ; pour la Messe, le Confiteor, le Credo in Deum, Credo in Spiritum, et cinq fois le Pater et Ave Maria ; pour Vespres, cinq ; pour Complies, cinq ; à Prime, Tierce, Sexte et None, au Bénédicité et Grâces, pour chacune de ces heures, un Pater et Ave, et ce en quelque lieu qu’elles soient, et au temps qui leur sera plus commode. Mais quand elles se prépareront à se coucher, qu’elles recommandent à Dieu toutes les âmes des Chrestiens, notamment la leur, celle de leur Mère Abbesse, des Sœurs et Frères de leur Ordre, de leurs parens vivans, comme aussi tous les fidèles trespassez, et disent trois fois le Pater noster et Ave Maria. Et seront tenues de dire pour l’Office de l’Obit de chaque Sœur ou Frère de cet Ordre, ce que la Prieure leur déclarera. »

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