-B- Paul Blanchemain. LA PRIEURE DE FONTEVRAULT. Légende (suite).

III

A Fontevrault, sous les chênes,

Ce chef d’un ordre nouveau,

Loin des tourments humaines ,

Cachait  son double troupeau.

——–

Là, point d’enceinte fermée ;

pour ces foules  sous le  froc,

L’Eglise ; c’est la ramée !

La cellule, c’est le roc .

——-

Or, un jour, forçant la bête

Un prince avec ses chasseurs

A surpris dans la retraite

Les pénitents et leurs sœurs

——–

C’est l’heure de la prière

Dans les bois, prés des rochers,

Il se révolte, âme altière,

De voir tant de fronts penchés,

——–

Quand soudain au pied d’un chêne

Des druides respecté,

Sœur Agnès, fille de reine,

Apparaît dans sa beauté,

Il oublie et son escorte,

————

Et le gibier disparu,

Et son coursier qui l’emporte

Prés de Robert* accouru.

                  * NDLRB. Robert d’Arbrissel

Fascination étrange,

————

Qui vient enchanter ses yeux,

Il ne voit plus que cet ange

Enfui sous les bois ombreux,

————-

De sa téméraire extase,

C’est le saint qui l’éveilla ;

« Prince , quel penser  t’écrase ? »

Le prince balbutia :

————–

« Du Seigneur c’est le domaine !  

 Eloigne ton destrier »

Le  Prince était  sous la chaîne

De l’infernal conseiller .

————-

Il s’éloigne, mais son rêve

Le suit ; au premier détour,

Comme d’un rameau la sève

De son cœur jaillit l’amour.

—————

« Je ne pense qu’à la belle,

Dit-il à son écuyer.

Va me chercher la rebelle

Dont l’œil sut m’émerveiller » 

 ——————

A ce projet trop docile,

Qoiqu’il sentit sa noirceur,

L’écuyer part vers l’asile

Où Dieu  protège la  sœur.

——————-

-« Quoi! C’est là votre message ? »

-« Oui, pour vos yeux tous ses biens,

Ses trésors, son apanage… »

La sœur lui répond : « Je viens ! »

—————

La pudeur est un fruit rare,

Pensait l’autre triomphant »

Homme  d’un siècle barbare,

Qu’espérais tu d’une enfant ?

———-

Sur l’heure, avec une lame

Agnès se perce les yeux

Et, leur  ravissant la flamme,

Se les arrache tous deux ;

—————

Puis  dans un plateau de terre

Jetant les globes meurtris,

A l’écuyer qu’elle atterre

Elle dit : « Ai-je compris ?

——–

« Va les porter à ton maître…

Privés d’un éclat fatal

Ils pourront ainsi peut-être

Inspirer  l’horreur du mal ! »

à suivre

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5558698v/f5.image

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