-P- L’abbaye de Fontevraud met les petits plats dans les grands

L’une des abbayes les plus impressionnantes de la chrétienté, transformée en prison après la Révolution, revit depuis quelques années grâce à la politique culturelle de son directeur

5 aoùt 2010.

 « Fontevraud est un lieu extraordinaire ! », s’exclame Jacques Le Goff qui vient parfois s’y réfugier. Entouré de petites sources et de forêts majestueuses, ce site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco s’étend sur 14 hectares, à la frontière entre trois régions : l’Anjou, le Poitou et la Touraine.

Le médiéviste décrit volontiers, et avec passion, les riches heures de cette abbaye singulière, fondée en 1101 par un chemineau de Dieu, un prêcheur itinérant, Robert d’Arbrissel, qui décida d’ériger, près du confluent de la Loire et de la Vienne, un ordre mixte dont les clés furent remises aux femmes.

Pendant sept siècles, les abbesses régnèrent ainsi sur les hommes et sur cet ordre double, passé de l’austérité la plus rigoureuse à l’opulence quasi princière, jusqu’à ce que la Révolution transforme les bâtiments de cette cité monastique, par décret napoléonien, en… prison.

Une abbaye devenue prison

De 1804 à 1963, Fontevraud fut un bagne redouté qui compta jusqu’à 1 600 prisonniers, alors qu’il ne devait en contenir que 700 ! Jean Genet l’a évoqué dans Miracle de la rose. Jusqu’en 1985, des élargis continuaient d’oeuvrer dans le jardin. Jacques Le Goff se réjouit de voir s’effacer les traces de ce passé récent qui a dénaturé l’esprit de ce joyau architectural.

C’est pourtant à ce régime de dureté que Fontevraud doit, sans doute, sa sauvegarde. « Cette abbaye est l’une des mieux conservées », reconnaît l’historien. Ainsi en va-t-il des cuisines du XIIe siècle que l’on a retrouvées quasi intactes, sous leurs dômes et leurs chapelets de cheminées.

Depuis près de trente ans, l’abbaye est en travaux et retrouve, peu à peu, la beauté de son histoire religieuse, l’altière noblesse de son rang, puisqu’elle ne dépendait que du pape et du roi. Figés pour l’éternité en gisants polychromes, Henri II Plantagenêt et son fils, Richard Coeur de Lion, sont allongés dans la nef de l’abbatiale. À leurs côtés, reine de France, puis d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine, dans ses habits de pierre, ne lâche pas le livre qu’elle tient ouvert sur sa poitrine. On prétend que, dans la statuaire occidentale, elle serait la première femme ainsi représentée.

Un centre culturel de rencontres

Comme aucun ordre monastique n’était en mesure de la reprendre, l’abbaye a été confiée, en 1975, à un centre culturel de rencontres que dirige aujourd’hui l’entreprenant Xavier Kawa Topor, historien médiéviste, arrivé de Conques, spécialiste de l’art roman. Sous sa houlette, Fontevraud s’ébroue et reprend vie (NDLRB. Parce  que l’on avait envisagé de confier l’abbaye à un ordre monastique ? ) Le directeur ne manque pas d’idées, ne fût-ce que pour amarrer ce drôle de vaisseau au siècle présent.

À lui de résoudre le dilemme des monuments historiques : « L’esthétique de la restauration prime sur les nécessités environnementales », soupire-t-il. Il est assez fier d’avoir engagé une politique résolue qui lui a déjà permis d’économiser… 90 % de sa note d’électricité. Il vante déjà la chaudière à bois qui va remplacer l’antique et gigantesque système de chauffage, impuissant à remplir efficacement son office mais fort glouton en énergie.

200 000 visiteurs par an

« Fontevraud ne doit plus être seulement un monument à regarder, insiste son directeur, mais un lieu à vivre. On réexplore le passé et on ouvre l’abbaye aux usages contemporains. » Ainsi, au printemps 2011, Fontevraud disposera-t-il d’un bar à vin et d’un café littéraire. Sise dans l’ancienne léproserie, convertie en maladrerie, l’hostellerie Saint-Lazare sera entièrement repensée et transformée.

Déjà, Fontevraud, résidence d’artistes, est en passe de devenir le Centre de congrès du Saumurois. Chaque année, 200 000 personnes viennent visiter ce site dont la programmation culturelle court sur les quatre saisons, avec des concerts et des conférences. Les enfants sont redevenus les bienvenus et ont aujourd’hui leur part dans la renaissance de cette abbaye qui attire des publics divers.

Point d’orgue de la programmation de Xavier Kawa Topor, l’opération estivale « À table ! », qui s’achèvera, le 21 août, avec un banquet concocté pour 150 personnes par Jacques Le Goff (lire ci-dessous) dans le réfectoire reconfiguré spécialement pour l’occasion. Chaque samedi depuis le 10 juillet, les réjouissances autour de la gastronomie (conférences, dîners insolites et films en plein air) se succèdent. Encouragé par le succès, le directeur de Fontevraud envisage de prolonger le reste de l’année cette invitation à conjuguer mots et mets.

Jean-Claude RASPIENGEAS, à FONTEVRAUD

http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/L-abbaye-de-Fontevraud-met-les-petits-plats-dans-les-grands-_NG_-2010-08-05-555221

 

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Classé dans Département 49 (a) , Abbaye royale de Fontevraud

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