Archives de Catégorie: Abbaye royale de Fontevraud

La page  »abbaye » de Wikipédia publie la vue d’une aile du cloître du Grand Moutier.

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ABBAYE ROYALE. Etre femme au XVII éme siècle. Fin de l’expo. le 4 novembre 2018

📸©Léonard de Serres

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Lorsque Régine Pernoud parlait de l’Abbaye de Fontevraud aux temps des cathédrales.

La femme aux temps des cathédrales Deuxième partie (4)

Fontevraud est une abbaye dont l’histoire illustre le pouvoir nouveau de la femme qui s’épanouit entre les XIe et XIIe siècle.

La femme aux temps des cathédrales, Régine Pernoud, Éd. Stock 1980

Deuxième partie

L’Âge féodal

5/ « Fontevraud

p 129 à p135

Fleur d’une civilisation, la courtoisie n’est nulle part mieux sentie qu’à Fontevraud par la vie qui l’anime, par les personnages qui s’y rattachent. Reto Bezzola (…) est celui qui le premier a étudié et mis en valeur cet ordre de Fontevraud

L’ordre de Fontevraud

Le 31 août 1119, l’abbaye Sainte-Marie de Fontevraud reçoit un visiteur illustre entre tous : le pape Calixte II. (…) il vient en personne procéder à la consécration du maître-autel de l’abbaye toute neuve, et toute jeune encore. (…) il s’agit d’un Bourguignon, qui avant d’être élevé au souverain pontificat a été archevêque de Vienne, et qui, sensible au renouveau religieux qui se manifeste en France, ne peut manquer d’encourager les fondations comme celle de Fontevraud. Son prédécesseur, Urbain II, avait lui aussi, vingt-cinq ans plus tôt, entrepris tout un périple au cours duquel il avait exhorté les « Francs » à prendre les armes pour libérer Jérusalem – ce que nous appelons la première croisade – avec un succès inespéré.

Néanmoins la venue d’un pape dans ce coin de l’Anjou était pour tous un événement. Une trace sensible en est resté, en l’espèce la première charte de confirmation de l’ordre que Calixte II devait édicter deux mois après son passage dans l’abbaye alors qu’il résidait à Marmoutiers.(…)

Pour accueillir le pape sur le seuil de l’église, une jeune femme de vingt-six ans, Pétronille de Chemillé, abbesse de Fontevraud. En cette année 1119, elle se trouvait depuis quatre ans déjà à la tête de l’ordre de Fontevraud fondée par le très fameux Robert d’Arbrissel. (…) Il s’agit d’un ordre double, comportant moines et moniales ; aussi deux séries de bâtiment s’élèvent-ils, entre lesquels l’église abbatiale (90 mètres de long sur 16 de large pour la nef et 40 pour le transept) domine et rassemble à la fois les deux parties du monastère. Elle est le seul lieu où hommes et femmes se retrouvent, pour la prière et les offices liturgiques. La règle est stricte sur ce point. Aucun moine ne peut pénétrer dans la partie réservée aux moniales et réciproquement. (…)

Fontevraud regroupe en ce début du XIIe siècle trois cent moniales et soixante-dix moines ; mais déjà l’ordre a essaimé ; vers les années 1140 – 1150, un contemporain, et non des moindres puisqu’il s’agit de Suger, abbé de Saint-Denis, estime à cinq mille le nombre de ses membres. Or, c’est une abbesse qui est à leur tête, et non un abbé. Les moines qui entrent dans l’ordre lui doivent obéissance et font profession entre ses mains.

(Qui est Robert d’Arbrissel?)

« Sachez-le, frères très chers, tout ce que j’ai bâti en ce monde, je l’ai fait pour nos moniales ; je leur ai consacré toute la force de mes facultés, et qui plus est, je me suis soumis moi-même et mes disciples à leur service pour le bien de nos âmes. J’ai donc décidé avec votre conseil que, de mon vivant, c’est une abbesse qui dirigerait cette congrégation ; qu’après ma mort personne n’aille oser contredire à ces dispositions que j’ai prises » – ainsi s’exprimait dans ses dernières volontés, à propos de Fontevraud, le fondateur de l’ordre, Robert d’Arbrissel. De surcroît, les statuts qu’il avait établis, précisaient que cette abbesse devait être non une vierge, mais une veuve ayant eu l’expérience du mariage ; il assimilait le service des moines à celui de saint Jean l’Évangéliste auprès de la Vierge Marie que le Christ lui avait confiée du haut de la Croix : « Voici ta mère. » Et c’est pourquoi, entre autres raisons, il avait choisi Pétronille de Craon qui , deux ans après la mort de son époux le sire de Chemillé, était entrée à vingt-deux ans à Fontevraud.

Ce fondateur qui exprimait avec tant de force cette volonté pour nous si étrange de soumettre des moines au magistère d’une abbesse est né en Bretagne, à Arbressec (Ille-et-Vilaine) en 1050 ; il a d’abord étudié dans diverses écoles, certainement à Paris et aussi à Rennes. Devenu prêtre, il fait preuve d’un grand zèle de réformateur en cette époque de réveil de l’Église après une profonde décadence ; il combat la simonie (l’achat à prix d’argent de charges ecclésiastique, cette plaie de l’Église carolingienne) ; il s’attaque aussi au mariage des prêtres : il savait de quoi il parlait, étant lui-même le fils d’un prêtre nommé Damalochius. À Angers, où il lie connaissance avec Marbode, auteur de nombreux poèmes et traités scientifiques, le désir commence à le hanter d’une vie plus austère, plus entièrement consacrée à Dieu. Il devient ermite dans la forêt de Craon (Maine).

Mais comme il arrive souvent à ceux qui cherchent Dieu dans la solitude, il se trouve bientôt rejoint par de nombreux imitateurs qui deviennent ses fidèles. L’Église d’alors, rénovée et purifiée pa rla Réforme grégorienne, qui l’a soustraite aux pouvoirs temporels, à la tutelle des seigneurs, du roi, de l’empereur – lesquels, à l’époque de Charlemagne et plus encore de ses descendants, s’étaient habitués à considérer les évêques et curés comme leurs agents et leurs fonctionnaires – est bientôt gagnée par une extraordinaire ferveur que manifestent les créations d’ordres nouveaux : la Chartreuse, Cîteaux, Grandmont, etc. Celui de Fontevraud occupe dans ce contexte une place importante. Autour de Robert, des groupes de jeunes et de moins jeunes se forment bientôt spontanément, si bien qu’un jour l’ardent ermite sent la nécessité de fixer dans un monastère les compagnons qui l’entourent ; le sire Renaud de Craon en facilite la fondation en lui octroyant une terre où s’élèvera Sainte-Marie de la Roé en 1096. Le pape Urbain II, alors en France, entend parler de Robert d’Arbrissel ; très préoccupé lui-même par la réforme de l’Église autant que de la libération des Lieux saints, il tient à le voir personnellement, confirme sa fondation et le presse de continuer à prêcher pour seconder ses propres efforts. Robert se consacre donc à la prédication (…). (…)

On peut sans trop de difficulté,en notre deuxième moitié du XXe siècle, imaginer Robert d’Arbrissel et son accoutrement digne des hippies de notre temps. La foule qui le suit n’a pas un aspect plus rassurant : (…). Foule composite au surplus : (…). (…) En effet, – est-il besoin de le préciser ? – Robert mène au milieu de cette foule disparate une vie de parfaite chasteté.

 

Fin

 

Les pages qui suivent mettent l’accent sur l’histoire de femmes qui prirent le voile pour se retirer à Fontevraud. Pour chacune d’elles, Régine Pernoud détaille pour nous certains de leurs scandales. Il s’agit de Bertrade, Ermengarde, les deux Mathilde (Mathilde d’Anjou, fille de Foulques V d’Anjou et Mathilde, fille de Henri Ier et de la reine Édith), et Aliénor d’Aquitaine au travers de multiples chartes au profit de l’abbaye de Fontevraud.

Bertrade (p136 à p142)

La première, Bertrade, fille de Simon de Montfort a eu des mariages successifs et exercé “son « charme » un peu dans le sens que donnent au terme les traités de sorcellerie” ; elle avait le “sens de la riposte prompte et de la moquerie facile”. Avec sa sœur, Isabelle, toutes deux savaient “être indiscrètes et violentes.” Chacune dans son genre, “les deux filles de Simon de Montfort, (…) étaient « des maîtresses femmes”, l’une se dépensant “en amours illicites”, l’autre mettant tout son “ardeur à faire la guerre”.  “Ce sont ces deux dames qui un jour, alors qu’elle sont encore en plein éclat, se présentent à Fontevraud, demandant humblement à Robert d’Arbrissel de les admettre parmi ses moniales !

À la réflexion, on comprend mieux que Robert d’Arbrissel ait décidé de soumettre ses moines à des femmes douées de telles personnalités, comptant sur la grâce pour qu’elles mettent au service de Dieu autant de zèle et de fougue qu’elles en avaient mis au service de leurs passions. Lorsqu’on lit les chroniques de l’époque et qu’on se penche sur les détails de l’histoire en ces premiers siècles de la civilisation féodale, une remarque s’impose : la forte personnalité de la plupart des femmes face à leurs partenaires masculins. Philippe Ier et Foulques le Réchin font pâle figure à côté de Bertrade qui les manœuvre à son gré et finalement se trouve capable d’un repentir que ne connaissent ni son époux ni son amant.

 

Ermengarde (p143 à p149)

Elle est la fille aînée de Foulques d’Anjou lors de son premier mariage avec Audéarde de Beaugency. Bertrade, la seconde épouse de Foulques d’Anjou est donc belle-mère d’Ermengarde. Toutes deux se retrouvèrent à Fontevraud. “Une lettre que l’ardent prêcheur Robert d’Arbrissel lui écrivit” est “toute remplie d’exhortations non à entrer au couvent, mais au contraire à rester dans le siècle, au milieu d’une société dont il fait le sombre tableau” : (…). “Les lettres de Robert d’Arbrissel sont toutes imprégnées d’une robuste sagesse ; elles reflètent aussi le mode de lecture de l’Évangile familier à son époque : (…) Prier la nuit avec le Seigneur sur la montagne, (…)”. Ce qui décida définitivement Ermengarde à prendre le voile, c’est le fait que “son époux, Alain Fergant, duc de Bretagne, (…), se faisait moine à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon”.

À son arrivée à Fontevraud, elle reçoit “« un impressionnant hommage poétique », une épître en vers fort belle”. La voici :

« Fille de Foulques, honneur du pays d’Armorique

Belle, chaste, pudique, candide, claire et fraîche,

Si tu n’avais subi le lit conjugal et le travail d’enfants,

À mes yeux, tu pourrais incarner Cynthia (Diane)…

Au cortège des épousées, on te prendrait pour déesse,

Une parmi les premières. Oh trop belle que tu es !

Mais cette beauté qui est tienne, fille de prince, épouse de prince,

Passera comme fumée et bientôt sera poussière…

On admire ton harmonieux visage, et il est précieux,

Mais ou mort ou vieillesse en détruiront le prix.

Cet éclat brillant de lumière, qui blesse les regards,

Et cette blonde chevelure, l’un et l’autre seront cendres,

On dit de toi que nulle femme ne te vaut,

Si experte en paroles, avisée en conseil :

Cela aussi te manquera, et n’en demeurera que fable.

La fable parle aussi de ceux qui furent jadis éloquents.

[…] De telles richesses ne sont pour nul perpétuelles.

Elles vont avec le monde, elles tombent avec qui tombe ;

Mais que tu aimes le Christ, que tu méprises ce monde,

Que vêtements et nourriture te soient celui des pauvres,

Cela te fait et belle et précieuse au Seigneur,

Ni mort, ni vieillesse n’en détruiront le prix… »

Régine Pernoud s’exclame ici : “Dire que l’on qualifia les textes latins de cette époque de « basse latinité » ! Ce texte, magnifique, a été composé par Marbode, évêque de Rennes et ami de Robert d’Arbrissel. C’est, en effet, étonnant cet “élan poétique [de la part] d’un évêque s’adressant à une femme”. Il est alors âgé de soixante-dix-sept ans. À peu près inconnue de nos jours, son œuvre en son temps a joui d’une très grande vogue. Il a composé en effet le plus ancien traité sur les pierres précieuses, Le Lapidaire, donnant naissance à un véritable genre littéraire dans lequel les vertus des pierres, leurs pouvoirs magiques, leur correspondance avec « les couleurs et les sons » sont prétexte à des évocations parfois déconcertantes, toujours poétiques ; son succès auprès des contemporains en a fait l’une des œuvres le plus souvent recopiées à l’époque ; on en connaît plus de cent trente manuscrits ; il a fait l’objet de toutes sortes de traductions et adaptations : en français (on en a fait six traductions différentes), en provençal, en italien, en espagnol, et jusqu’en danois, en irlandais et en hébreu. (…)

Peu après “la mort de Robert d’Arbrissel, survenue le 25 février 1117”, soit “la disparition de son père spirituel”, Ermengarde quitte Fontevraud. Puis son frère s’éloigna définitivement d’elle, en acceptant de devenir “l’époux de Mélisande, fille d’une princesse arménienne et du roi Baudoin II ; ce qui signifie qu’il se consacrera désormais à la défense du royaume de Jérusalem. À la mort de Baudoin II  en 1131, il ceindra cette couronne de Jérusalem (…)”. (…) Ermengarde fut affectée par le départ définitif de son frère. Elle reprend alors le voile, cette fois “parmi les cisterciennes du prieuré de Larrey”. À cette époque, elle reçut de nouveau une lettre, cette fois, de Saint Bernard, digne d’“un épître de troubadour à sa dame”. À la demande de son frère, elle entreprit “le pélerinage en Terre sainte”. (…) À son retour, elle s’établit “au couvent de Saint-Sauveur de Redon où son second époux, Alain le duc de Bretagne, avait vécu ses dernières années ; c’est auprès de lui qu’elle demande à être inhumée lorsqu’elle meurt en 1147 ou 1149”. (…)

L’évocation de sa vie, (…) met en lumière un aspect inhabituel des relations entre la femme et les hommes d’Église en ce début du XIIe siècle : qu’il s’agisse de Robert d’Arbrissel, de l’évêque Marbode de Rennes ou de l’abbé Bernard de Clairvaux, à ces trois hommes d’Église éminents et d’une sainteté insoupçonnable, elle a inspiré des accents que n’eût pas désavoué Fortunat, l’évêque-poète de Poitiers, lorsque lui-même s’adressait à la reine Radegonde en termes délicats où la tendresse le dispute au respect :

« Où se cache ma lumière loin de mes yeux errants

Ne se laissant prendre à mon regad ?

J’examine tout : airs, fleuves, terre ;

Puisque je ne te vois, tout cela m’est peu.

Le ciel peut bien être serein, loin les nuages,

Pour moi, si tu es absente, le jour est sans soleil. »

La courtoisie (…) est devenue populaire, elle imprègne les foules, y compris celle des clercs et des moines qu’on nous a si souvent dépeints comme hostiles à la femme. Elle illumine la pensée des hommes d’Église les plus austères, des réformateurs les plus rigoureux ; toute la société féodale baignera dans cette poésie faite de respect et d’amour.

Les deux Mathilde (p150 à p158)

Le double monastère de Fontevraud est dirigé pendant trente-cinq ans par Pétronille de Chemillé. À sa mort, le 04 avril 1149, les moniales désignent pour lui succéder Mathilde d’Anjou. Celle-ci, fille de Foulques V et par conséquent nièce d’Ermengarde de Bretagne, a alors 43 ans. Elle était entrée à 11 onze ans à Fontevraud et en était sortie deux ans plus tard pour être mariée avec le fils aîné du roi d’Angleterre Ier soit Guillaume Adelin. Elle perdit son époux en décembre de l’an 1120 : le naufrage de la Blanche-Nef entraîna la perte de toute la jeunesse de la cour d’Angleterre, laissant le pays en deuil, et un roi Henri Ier inconsolable.

Cédant aux objurgations de l’archevêque de Cantorbéry, Raoul, il reprit épouse : Aélis de Louvain, dont il espéra un héritier qu’elle ne put lui donner. Sans héritier, à sa mort, l’Angleterre fut livrée à l’anarchie. La courronne d’Angleterre revint, bien des années plus tard, à son petit-fils Henri qui pour l’histoire deviendra Henri Plantagenêt qui héritera aussi du surnom de Fitz-Empress, fils de l’impératrice, par sa mère. En effet, sa mère Mathilde, fille de Henri Ier et de la reine Édith, avait été fiancée à sept ans à l’empereur d’Allemagne Henri V, de trente-deux ans son aîné. À son décès, sans enfant, elle regagna l’Angleterre. Puis, à vingt-quatre ans, elle devient l’épouse de Geoffroy le Bel, le fils de Foulques V d’Anjou, mais n’apprécia pas mieux sa deuxième union conjugale. Elle est décrite comme dure, autoritaire, arrogante. (…) De toute évidence une maîtresse femme, mais plus douée pour la guerre que pour la courtoisie.

Pourtant l’Angleterre, en cette première moitié du XIIe siècle, est sensible aux lettres et à la poésie. Grâce, d’une part, à la première femme d’Henri Ier, la reine Édith, fille de Malcolm et Marguerite d’Écosse, qui fut une reine très aimée, très instruite, passionnée de musique, accueillant avec une générosité tout sortes d’hôtes, mais surtout les clercs et les musiciens ; elle s’était fait une large renommée et voyait affluer autour d’elle, d’après Guillaume de Malmesbury, tous ceux qui s’étaient rendus fameux par leurs poèmes et leurs chansons. Marbode de Rennes, Hildebert de Lavardin, les deux plus célèbres poètes du temps lui ont adressé plusieurs de leurs œuvres dont une dizaine nous sont connues. De fait, la cour d’Angleterre était alors le centre d’une extrême activité littéraire, encouragée par le roi lui-même, surnommé Beau-clerc. Un clerc, à l’époque, (…) est celui qui a étudié, aux écoles, la grammaire et les autres « arts libéraux » ; bref, un lettré. Henri « s’intéressait à tout », dit de lui Orderic Vital ; (…).

Sa deuxième épouse Aélis de Louvain, fut aussi vantée par les poètes pour sa beauté et sa sérénité. Princesse cultivée, c’est à elle que seront adressées les premières œuvres poétiques en langue vulgaire : (…). Lui est dédicacé le Voyage de saint Brendan, sorte de roman fantastique composé par un clerc nommé Benoît en 1122 ; un autre clerc, Philippe de Thaon, renchérissait en lui dédiant son Bestiaire, qui décrit le monde animal, vrai ou supposé, en donnant la signification symbolique des mœurs ou des usages qu’il prête tant au lion qu’à la fourmi ou à la calandre fabuleuse.

Les deux premières œuvres en langage anglo-normand qui ont vu le jour à la cour d’Angleterre, sont donc nées sous l’égide d’une femme, une reine qui aura ainsi préparé les voies à l’admirable épanouissement que connaîtra la littérature « bretonne » sous le règne d’Aliénor d’Aquitaine. Celle-ci a trente ans lorsqu’elle prend pour époux en seconde noce Henri Plantagenêt qui recevra, un an après leur union, la courronne d’Angleterre en 1153, grâce à la ténacité de Mathilde, sa mère belliqueuse.

Les chartes d’Aliénor (p159 à p169)

Les dons officiels à des établissements religieux sont un des traits caractéristiques de l’époque : pour Aliénor, comme pour la plupart de ses contemporains, ils marquent chacune des étapes importantes de leur vie. D’autre part, Fontevraud, le bénéficiaire privilégié de ses libéralités, est le lieu qui, continûment, indéfectiblement, relie cette reine, toujours en mouvement, à son passé et à son avenir.

Fontevraud est lié à Aliénor d’Aquitaine par son grand-père, Guillaume IX d’Aquitaine : le plus connu de nos troubadours, poète prodigieusement doué, grand amateur de femmes, d’abord paillard et d’une sensualité débridée en poésie comme en prose, il s’était répandu en moqueries sur Robert d’Arbrissel et les foules qu’il drainait vers Fontevraud, où se côtoyaient grandes dames et protituées. Pourtant, peu à peu ébranlé par une ferveur qui gagnait jusqu’à sa propre femme Philippa et sa fille Audéarde, le poète licencieux avait changé de ton ; à la surprise générale, il avait fait don de la terre de l’Orbestier à un disciple de Robert, nommé Fouchier, sur ses propriétés entourant le château de Talmond, l’un des lieux de chasse préférés des ducs d’Aquitaine, puis avait fondé une abbaye, la Maison-Dieu de Saint-Morillon, ordre semi-chevaleresque et semi-religieux, ce qui était, en 1107, d’une grande originalité.

Ces deux donations (…) produisirent forte impression, venant de cet « ennemi de toute pudeur et sainteté », selon l’avis de Geoffroy le Gros, « de caractère bouffon et lascif […] vautré dans le bourbier des vices » pour Guillaume de Malmesbury, que néanmoins Orderic Vital trouve « audacieux, preux et de caractère extrêmement joyeux, surpassant les histrions les plus plaisants dans ses multiples plaisanteries ». (…)

Le revirement de cet insolent suzerain était donc de taille. Rita Lejeune, l’éminente médiéviste, professeur à l’université de Liège, l’a admirablement résumé : « Ce puissant seigneur, en effet, qui se distingue de ses contemporains par son irrévérence déclarée à l’égard de l’Église et de la religion, et qui s’amusa longtemps à afficher envers les femmes un libertinage cynique, commença d’abord par se gausser, dans ses cansos, des succès éclatants que l’esprit de Fontevraud exerçait dans son entourage féminin immédiat ; mais, après, il laissa transparaître, dans des poèmes étonnants de modernisme à leur époque, les symptômes d’un mysticisme mondain, et, bientôt, les signes éclatants d’une exaltation amoureuse où la femme soudain sublimée, se présentait comme la suzeraine dans le couple : l’amour courtois venait de s’affirmer… »

Aliénor, elle, perpétuait donc ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud ; avec elle l’attachement pour cette abbaye, dans laquelle la femme jouait un rôle éminent, va s’amplifier et s’accentuer au point de marquer toute sa vie de reine. (…) Entre 1155 et 1158, Aliénor installe un monastère de l’ordre de Fontevraud à Westwood en Angleterre dont elle est désormais reine. Vers 1162, Aliénor et son époux Henri II, qui partage son affection pour Fontevraud, approuvent les conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts-de-Cé qui est un lieu de grande circulation et donc de fort rapport. On note encore de nombreuses confirmations : 1164, celle d’un don de 35 livres fait directement sur les ressources de l’Échiquier (la Chambre des comptes des rois d’Angleterre) ; 60 livrées de terres prises sur le manoir de Leighton à Bedford ; le droit de foire concédé aux religieuses de Eaton appartenant à l’ordre de Fontevraud. Cette poussière de droits et concessions qui fait alors la trame de l’existence quotidienne des collectivités comme des particuliers, tout infimes qu’ils nous paraissent, n’en font pas moins vivre une foule de gens. (…)

Régine Pernoud développe ensuite l’ensemble des évènements qui maillèrent l’existence plutôt mouvementée d’Aliénor d’Aquitaine ; celle-ci séjourna à plusieurs reprises à l’abbaye de Fontevraud, lieu bien-aimé d’elle, qu’elle soutint de ses dons tout le long de sa vie. Son beau gisant aujourd’hui encore y demeure animant l’abbaye de sa présence. Un autre livre intitulé Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoud en fait une rétrospective plus complète.

6/ Les femmes et la vie sociale : le mariage

à suivre…

 


Un autre trait de l’époque sur lequel attire notre attention Régine Pernoud est le désir des hommes de plaire aux femmes. Par quels attributs ? Régine Pernoud nous relate ce qu’en disent les chroniqueurs de l’époque (p141-142).

« Du point de vue de la chronique, le malheureux, qui était affublé d’oignons et de durillons disgracieux, est surtout connu pour avoir lancé la mode des « pigaces », ces souliers à bout relevé, œuvre d’un certain Robert, attaché à la cour du roi d’Angleterre et qu’on surnomma aussitôt le « cornard » : c’était, avant la lettre, les chaussures à la poulaine dont la mode sévit de nouveau au XVe siècle : le bout des souliers démesurément allongé et rempli d’étoupe, se recourbe comme une corne de bélier. Orderic Vital estime semblable usage comme extravagant et aussi répréhensible que la mode des longs cheveux importés alors d’Angleterre. Il stigmatise toute une jeunesse turbulente qui s’abandonne à la mollesse féminine, précisément pour mieux séduire les femmes : « Autrefois ne portaient barbe et cheveux longs que les pénitents, les captifs, les pèlerins […] à présent ce sont presque tous les gens du peuple qui vont cheveux en cascade, barbus à souhait […] ils se frisent les cheveux au fer, ils couvrent leur tête d’un turban, sans bonnet… ». (…) « Ce qu’autrefois les gens honorables auraient jugé parfaitement honteux… est considéré aujourd’hui comme pratique hautement honorable. » (…) Ce qui est nouveau : le goût de plaire aux femmes. Et de leur plaire en adoptant des critères féminins de séduction : recherche et raffinement dans le vêtement et la coiffure, attrait pour tout ce qui peut parer et embellir ; une sorte de coquetterie généralisée, dictée par celles dont on souhaite attirer les regards.

Orderic Vital n’est pas seul à relever ce trait nouveau de société. On lit les mêmes reproches sous la plume de Malmesbury, qui blâme vivement les chevaliers de l’entourage de Henri Ier Bauclerc parce qu’avec leurs cheveux flottants ils semblent vouloir rivaliser avec les femmes. (…) »

https://blogs.mediapart.fr/noelle-sanz/blog/270918/la-femme-aux-temps-des-cathedrales-deuxieme-partie-4

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Le graduel d Alienor de Bretagne de A à Z.

The Gradual of Eleanor of Brittany. Ensemble Organum – The Gradual of Eleanor of Brittany. Larissa of Crime ( Données communiquées via la page FB d’Antoine Font)

https://www.youtube.com/watch?v=hEw9XUhuZ80&feature=share

Et pour en savoir plus :

Données encyclopédiques

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2013/10/21/g-le-graduel-de-fontevrault-comme-si-vous-le-possediez/

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2017/11/05/a-la-bfm-de-limoges-un-tresor-elabore-vers-1260-le-graduel-de-fontevraud/

Données particulières

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2015/09/26/26-septembre-2015-le-graduel-de-fontevraud-a-lhonneur-en-labbaye-royale/`

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2015/11/09/la-page-facebook-limousin-medieval-promeut-le-graduel-de-fontevrault/

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2014/01/17/bfm-limoges-24-mai-2014-le-graduel-de-fontevraud-un-chef-doeuvre-denluminure/

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2013/05/18/g-biblographie-discographie-concernant-le-graduel-de-fontevrault-bfm-de-limoges/

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L’Abbaye de Fontevraud se pare d’habits neufs pour la journée du 16 septembre 2018.

L'abbaye Royale

Conférence-visite de Florian Stalder, Conservateur du Patrimoine au Conseil régional des Pays de la Loire.

L’Inventaire général, par son approche d’ensemble d’un territoire, permet de mettre en relation des éléments patrimoniaux afin d’en proposer une nouvelle lecture. La recherche avance à Fontevraud…

Cycle Athénaïs et Gabrielle de Fontevraud à Oiron

Nommée en 1670 par Louis XIV, Gabrielle de Rochechouart est l’une des abbesses les plus marquantes de l’Histoire de Fontevraud. À quelques kilomètres, dans le Château d’Oiron, une figure féminine majeure du XVIIe siècle a également laissé son empreinte : Athénaïs de Montespan. Le Château d’Oiron et l’Abbaye Royale de Fontevraud vous proposent de découvrir l’histoire de ces deux soeurs dans des conférences et des visites thématiques qui se font écho.

Dates et horaires à découvrir sur :
http://www.fontevraud.fr et sur http://www.chateau-oiron.fr 

Réservation uniquement par téléphone au 02 41 51 45 11 / Nombre de places limitées.

LE 16 SEPTEMBRE 2018 /

HORAIRES : 15H00TARIF : GRATUIT
PUBLIC : ADULTELANGUE :

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Retour aux sources pour l’assemblée générale des Prieurés fontevristes (APF) en juin 2018.

                                          Une des merveilles du monde monastique européen , l’Abbaye royale de Fontevraud.

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2018/05/31/decouvrez-lassociation-des-prieures-fontevristes-en-labbaye-royale-de-fontevraud-le-vendredi-22-juin-2018/

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Mesdames, filles de Louis XV et de Marie Leszczynska font de la musique en l’Abbaye royale de Fontevraud

Page FB   https://www.facebook.com/groups/195086984204929/permalink/281345865579040/                                                                                                                    Bernard Muscat19 août 2016.

Mesdames de France musiciennes

par Plume d’histoire | Classé dans : Fêtes, arts et création, Têtes couronnées au quotidien, XVII et XVIIIème siècles | 6

La musique participe presque obligatoirement à l’éducation d’une princesse, au même titre que la danse ou le chant. Dans le cas de Mesdames, filles de Louis XV et Marie Leszczynska, la musique va prendre une place particulière.

Pour au moins quatre des six filles du couple qui atteindront l’âge adulte, Henriette, Adélaïde, Victoire et Sophie, la musique devient un véritable « dérivatif au néant de leur existence », une activité qui justifie la vie tristement vaine et monotone de ces princesses.

La passion des filles de France

Mesdames sont plongées dès leur plus tendre enfance dans cet univers artistique. Si Louis XV n’est guère sensible qu’aux sonneries de chasse et aux marches militaires, leur mère Marie Leszczynska est une grande amatrice de musique.

Elle initie ses filles et son fils, tient à les voir jouer d’un instrument. Nul besoin d’insister, les fillettes sont conquises. Si elles prennent vite en horreur la danse, elles marquent tout de suite une prédilection pour la musique, « la passion des filles de France ».

Lorsque Mesdames Victoire, Louise et Sophie sont envoyées à Fontevrault par le cardinal de Fleury pour des raisons d’économie, leurs parents s’assurent qu’elles puissent poursuivre leur formation musicale. Louis XV, bien au fait de l’intérêt manifesté par ses filles en la matière, leur envoie un clavecin : on installe l’instrument dans une pièce spécialement réservée.

Au retour des trois exilées en 1750, la fratrie est au complet.

Mesdames de France. Un groupe particulier

Cette appellation de « Mesdames » resta dans l’histoire en raison des circonstances généalogiques, politiques et stratégiques particulières qui firent rester à la cour de France sept des huit filles que Louis XV avait eu de Marie Leszczynska, et encore l’aînée – bien que mariée – mourut à la cour pendant un séjour prolongé auprès de sa famille, à savoir :

Un destin particulier

Pour faire l’économie de leur entretien à la cour et certainement aussi pour ne pas laisser trop d’influence à la reine qu’une large descendance à ses côtés aurait pu conforter, les quatre dernières de ces princesses furent élevées loin de la cour, dans l’abbaye de Fontevraudde 1738 à 1750, où elles passèrent leurs jeunes années avant de revenir à Versailles. Madame Sixième, baptisée plus tard Félicité, ne reverra pas Versailles et Madame Louise reviendra très marquée par la vie monacale qu’elle retrouvera plus tard au Carmel de Saint-Denis(1770).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesdames

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Classé dans Abbaye royale de Fontevraud

Passez Noël à Fontevraud l’Abbaye sans vous heurter à des dessins animés japonais.

DU 09 DÉCEMBRE AU 07 JANVIER 2018 /

HORAIRES : 9H30 – 19H00TARIF : EN ACCÈS LIBRE AVEC LE TICKET FONTEVRAUD

CONTES DE NOËL / Histoire sonore

« Des pas dans la neige », Clarisse LÉON

Telle une Vierge miraculeuse, objet d’adoration des fidèles, un Saint bavard niché dans le cloître vous chuchote à l’oreille des histoires aussi douces et délicates que le crissement d’un pas léger dans la neige. Une scénographie originale permettra à chacun de faire une pause dans le cloître et de profiter de ce bien curieux personnage.

EXPOSITION ART SACRÉ

« Fernand PY ou le renouveau de l’art sacré au début du 20e siècle »

Fernand PY (1887-1949) s’inscrit dans un mouvement qui a débuté en France dans les années 1920. Son œuvre, toujours figurative, est d’une très grande sensibilité. Dans sa statuaire souvent polychromée, la simplicité des formes et la mesure des expressions ne font aucune concession à un quelconque sentimentalisme facile. Avec cette exposition événement, découvrez une crèche des années 1930 ainsi qu’un ensemble inédit d’objets liturgiques.

http://www.fontevraud.fr/Planifier-sa-journee/Evenement/Noel-a-Fontevraud?utm_source=Newsletter+Fontevraud&utm_campaign=e4e3ff189d-

 

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Marie-Françoise Damongeot-Bourdat : Marie de Bretagne, une des grandes dames de Fontevraud

Madame Marie-Françoise Damongeot-Bourdat, Conservateur  Général honoraire des  Bibliothéques, présente : l’Abbesse Marie de Bretagne.

http://app.ohnk.net/mariedebretagne/introduction.htm

Pour  visionner la  vidéo, merci de  cliquer  sur le lien ci-aprés :                                           http://app.ohnk.net/mariedebretagne/

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Classé dans Abbaye royale de Fontevraud, Abbesses de l'Ordre, Département 49 (a) , Abbaye royale de Fontevraud, Ordre monastique de Fontevraud en son ensemble

Joëlle Gautier-Ernoul 1996. LE RENOUVEAU DE L’ORDRE FONTEVRISTE AUX XIXe ET XXe SIECLES.


LE RENOUVEAU DE L’  ORDRE FONTEVRISTE AUX XIXe ET XXe SIECLES

Joëlle Gautier-Ernoul, 1996. (Membre de l’APF- Association des Prieurés Fontevristes-).

L’histoire du renouveau fontevriste ne peut se concevoir sans évoquer l’ordre et sa 32 éme et dernière abbesse Madame d’Antin (1765-1792 +1797), ainsi que la période révolutionnaire qui frappa l’abbaye mère et ses prieurés, et le devenir de ces moniales et moines après la loi du 2 novembre 1789 confisquant les biens du clergé, et celle du 13 février 1790 supprimant les vœux perpétuels.

Mais avant tout je parlerai de Robert d’Arbrissel, ce « fou de Dieu« , qui fonde l’abbaye en 1101.

La particularité fontevriste tient moins à son caractère double qu’au pouvoir des femmes sur les hommes.

Le renom de Robert d’Arbrissel atteint le Pape Urbain II, venu prêcher la croisade à Angers (49000). Il l’honore du titre de « semeur du Verbe Divin« .

Robert d’Arbrissel prêche dans le diocèse d’Angers et connaît un immense succès.

LE TEMPS DES FONDATIONS (*)

(*) Les sous-titres sont  du webmestre  de ce blog.

Concile de Poitiers en 1100 :

Constitution de l’ordre afin de canaliser la troupe errante qui représente une gêne potentielle du fait de l’absence de structure.

Le vallon de Fontevraud, proche de la confluence de Loire et Vienne (Candes-Saint-Martin (37500)) se situe à la limite des provinces de Poitou et d’Anjou et non loin de celle de la Touraine. Il dépend de la  paroisse de Roiffé (86120), et donc du diocèse de Poitiers dont l’Évêque est Pierre II.

Robert d’Arbrissel est le « magister » d’une communauté de femmes et d’hommes qu’il appelle les « pauperes Christi« .

Il confie la direction de son ordre à une abbesse qui a toute autorité sur les moines et les moniales. Il ordonne que les hommes, à l’exemple de Saint Jean l’Évangéliste obéissent aux femmes et que celles-ci, à l’exemple de la Vierge, aiment et soignent les religieux comme leurs enfants, en référence aux dernières paroles du Christ en croix : « Fils, voilà ta mère. Mère, voilà ton fils.

Il crée des statuts visant à renforcer la sévérité de la règle bénédictine.Grâce à l’évêque  Pierre II de Poitiers http://www.martyretsaint.com/pierre-ii-de-poitiers/, l’ordre est placé directement sous l’autorité du Saint Siège qui à travers les siècles ne contestera jamais l’autorité de l’abbesse.

De nombreux dons sont consentis par les seigneurs qui agissent à l’instigation des évêques.

Robert d’Arbrissel poursuit sa prédication et crée des prieurés à travers la France, l’Espagne et l’Angleterre.

A la fin du XIIe siècle, 154 prieurés ont été fondés.

A partir du XIIIe siècle, l’abbaye connaît une longue décadence durant trois siècles. Les malheurs de la guerre de Cent ans dépeuplent les communautés. Dans les prieurés, le relâchement s’installe.

XV e SIECLE

Il faudra attendre l’Abbesse Marie de Bretagne – 25 éme Abbesse- (1457-1477) pour qu’un mouvement de réforme s’ébauche. Avec l’aide de conseillers délégués du Saint Siège, elle rédige de nouveaux statuts qui furent approuvés par le Pape Sixte IV en 1475.

XVII e SIECLE

Puis encore deux siècles pour que l’ordre retrouve sa prospérité initiale grâce aux abbesses de la famille de Bourbon pour finalement s’éteindre avec l’expulsion de la dernière abbesse Julie de Pardaillan d’Antin le 21 septembre 1792.

XVIII e SIECLE

Madame d’Antin, 36e et dernière abbesse (1725-1792)

Julie d’Antin est née le 2 avril 1725 à Paris, fille du duc et pair de France Monsieur Louis d’Epernon d’Antin.

Elle arrive à Fontevraud à l’âge de deux ans pour y être élevée.

A sa majorité, elle retourne dans le monde, mais demande bientôt de revenir à l’abbaye où elle devient novice en 1742, à l’âge de 16 ans. Elle s’occupe de l’éducation des filles de Louis XV.

Elle y devient professe en 1753, à l’âge de 18 ans.

A la mort de l’abbesse, Mesdames de France, c’est à dire les filles du roi Louis XV,  lui écrivent pour qu’il nomme Abbesse leur ancienne institutrice du temps  qu’elles étaient en l’Abbaye royale.

Ce qui fut fait le 10 juillet 1765 jour où elle  prit possession de sa nouvelle dignité

Trois jours de fête s’en suivirent ainsi que les manifestations suivantes

  • soutenance d’une thèse de théologie dédiée à l’abbesse
  • feu d’artifice donné par les religieux sur les hauteurs des bois

La nouvelle  Abbesse  se fit ensuite bénir à Paris afin d’obtenir la confirmation de tous les privilèges royaux. Son absence durera deux ans.

Madame d’Antin revient à Fontevraud le 3 septembre 1767.

Les carabiniers et les gardes de la prévôté de Saumur l’accompagnent jusqu’à l’abbaye où elle est accueillie par le prieur de Saint-Jean-de-l’Habit et par l’ensemble de la communauté.

Un dîner en son honneur, avec le Père Curé, réunit 29 personnes.

Elle va rendre visite aux moines de Saint-Jean-de-l’Habit, puis rentre par la grande porte, accompagnée par les religieux, les troupes de son escorte, et par plus de 2 000 personnes.

Un Te Deum est chanté dans l’église, et ce seront trois jours de festivités.

Le faste ne lui fait pas oublier la charge qui l’attend. Elle se consacre à l’administration de l’ordre, qui comprend encore 52 prieurés, et révise la Règle.

julie

                   http://www.cite-ideale.fr/julie-dantin-en-trois-mots/

La prospérité de l’abbaye n’est qu’apparente. Dès 1760, un édit ordonne la suppression des couvents isolés comptant moins de 16 religieux.

L’abbesse est obligée de fermer plusieurs prieurés dont celui des Loges à La Breille-les-Pins (49390).

P1060648.JPGUn relâchement s’installe chez les moines. Certains quitteront leur cloître pour aller vivre hors clôture à la Segrétainerie en bordure de l’actuelle rue Saint Jean de l’Habit  qui conduit au cimetière du bourg.

<——–( Photo de la Segrétainerie ci-contre)

Lettre de Madame l’abbesse en date du 17 juin 1786 :

Mandement du 17 juin 1786.

 » Chères filles et bien-aimées religieuses…

… mais aujourd’hui notre douleur est à son comble à la vue du triste spectacle de dissipation, de relâchement et d’insubordination qui règne dans la plupart de nos communautés où la piété, la ferveur, la régularité qui les caractérisaient autrefois ne nous laissent apercevoir aujourd’hui que les tristes restes de leur première splendeur.

Plusieurs de nos religieux, plus jaloux de briller aux yeux des hommes que de soutenir la gloire et la décence de leur état, rejettent avec mépris l’habit respectable que la religion leur a donné, pour lui préférer la soutane et même des habits courts, qu’ils ne rougissent point d’étaler dans les plaisirs du monde.

Ignorez-vous que dès les premières pierres d’un édifice commencent à tomber, tout s’ébranle, tout est sur le point de s’écrouler… »

La désaffection générale des monastères en France n’affecte pas Fontevraud car c’est un honneur pour une famille d’y faire entrer une de ses filles. Entre 1769 et 1789, il y aura 74 prises d’habits.

REVOLUTION

Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont confisqués.

La loi du 13 février 1790 supprime les vœux perpétuels.

Une seule moniale prêtera serment à la constitution civile du clergé national, Mademoiselle Delavau. Les autres moniales disent être bien à l’abbaye et ne pas vouloir la quitter.

Par contre, dans leur grande majorité, les moines préfèrent quitter l’abbaye et fonder une famille. Les autres refusent de prêter serment à la constitution civile du clergé et choisissent l’exil.

 

Le 19 juillet 1790, l’abbaye compte 70 dames professes et 39 sœurs converses.

La vie s’y poursuit tant bien que mal jusqu’en 1792 : le 17 août, un décret ordonne de libérer les maisons occupées par les religieuses.

La municipalité de Fontevraud, dont le maire est Alexandre Guerrier, ancien confesseur des moniales, https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2012/06/30/g-des-avis-divergents-sur-alexandre-guerrier-moine-defroque-de-saint-jean-de-lhabit-fontevraud-et-ancien-maire-de-la-commune/ donne à chaque religieuse une table, un bureau, une commode, un lit, un fauteuil et six chaises. Celles qui désirent rester dans la commune prêtent serment, la majorité décide de retourner dans leurs familles respectives.

Le 25 septembre 1792, Madame d’Antin est la dernière à quitter l’abbaye, déguisée en paysanne.

D’abord retirée à Angers, on la retrouve à Chartres (28000) en compagnie de l’ancien prieur de Saint-Jean-de-l’Habit. Elle mourra dans la misère à l’Hôtel-Dieu de Paris le 25 octobre 1797.

Les sœurs Liret, anciennes converses, Jeanne Rousseau, et Madame de Dillon, irlandaise de Dublin et ancienne sous-prieure vécurent à Fontevraud dans une maison de la Grande Rue( aujourd’hui rue Robert d’Arbrissel).

Elles ouvrirent une école pour les enfants du bourg et jouèrent le rôle d’infirmières.

Elles s’occuperont également de l’église paroissiale après la restauration du culte.

En 1794, Madame Aubert du Petit-Thouars, ex-chanoinesse de Fontevraud, fait une demande pour réclamer une partie des bâtiments de l’ancienne abbaye pour y loger trois ex-religieuses fontevristes qui vivent ensemble à Fontevraud et ne peuvent payer un logement à cause de leur moyens modiques. Elles n’ont reçu que le 1/6 de leur pension depuis trois ans, et ne vivent que des « petits ouvrages qu’on leur donne » ; elles pansent les malades et donnent des remèdes le plus souvent gratuitement.

Cette lettre fut-elle une approche pour essayer de faire revivre une communauté fontevriste à l’abbaye puisque Madame du Petit-Thouars termine sa lettre par « pourriez-vous accorder la même grâce à d’autres religieuses de cette même abbaye qui demeurent à Fontevraud par deux ou trois« , et précise « qu’il n’y aura aucune crainte qu’elles se réunissent en communauté« . Le renouveau fontevriste va suivre les événements politiques de l’époque.

 

Après la mort de Robespierre (28 juillet 1794), une accalmie se fait sentir, mais elle n’entraîne pas immédiatement la fin des persécutions religieuses.

Le 21 février 1795, la Convention étend la liberté du culte à toute la nation. La liberté continue sous le Directoire mais elle n’est pas entière. Les manifestations publiques, processions et cérémonies hors des églises, sont interdites.

DIRECTOIRE

Le coup d’État du 18 Fructidor an V (4 septembre 1797) ramène les Jacobins au pouvoir. Ils remettent en vigueur les lois persécutrices. Il faut attendre le Concordat de 1801 (15 juillet) pour que la liberté s’installe définitivement. Il n’est nullement question dans le Concordat des congrégations religieuses, mais le gouvernement commence à donner les premières autorisations aux sœurs de St Vincent-de-Paul durant les négociations du Concordat.

CONSULAT

Les instituts de religieuses sont nombreux à voir le jour, plus ou moins clandestinement. Le renouveau du catholicisme se marque avec vigueur dans la renaissance des monastères.

Le renouveau fontevriste s’établit dans trois petites villes, Boulaur (Gers), Brioude (Haute-Loire) et Chemillé (Maine-et-Loire), dès 1801, dû à la volonté d’anciennes moniales regrettant la vie monastique.

Après la mort de Robespierre, deux moniales du prieuré fontevriste de Longages  -31410-(diocèse de Toulouse), et quatre autres religieuses venant de Toulouse font un premier essai de résurrection dans l’ancien prieuré fontevriste de Boulaur (Gers). Les habitants de Boulaur les accueillent avec beaucoup de plaisir et les aident à s’installer.

Malheureusement au bout d’un an, elles doivent quitter les lieux suite à des tracasseries politiques. Tandis que les autres religieuses gagnent Toulouse, les deux fontevristes restent à proximité de Boulaur. Après le Concordat, les deux fontevristes réintègrent le prieuré (1801).

A la même période, quatre religieuses de l’ancien prieuré de Brioude (Haute-Loire), après avoir été recueillies chez des habitants de Brioude et subi ensuite onze mois d’emprisonnement, se regroupent en 1801 dans un immeuble qu’elles viennent d’acheter dans les faubourgs de la ville de Brioude. Elles ne peuvent s’installer dans leur ancien prieuré car les bâtiments claustraux sont occupés par la mairie et la chapelle est détruite.

En 1800 la ville de Chemillé (Maine-et-Loire) se relève péniblement de ses ruines. Le curé de la paroisse de Notre-Dame songe en premier lieu à l’œuvre scolaire car la jeunesse est privée de l’instruction chrétienne. En accord avec le maire de Chemillé, il fait appel en 1802 aux deux sœurs Rosé, anciennes moniales de l’Ordre de Fontevraud, l’une de l’abbaye mère, l’autre du prieuré fontevriste de la Regrippière (44330)- (diocèse de Nantes). Ces anciennes moniales avaient en 1792 trouvé refuge chez leur père à Angers et, bien qu’elles soient insermentées, avaient ouvert une école où elles enseignaient la musique, l’arithmétique, la grammaire et le catéchisme. Les autorités peu après les condamnèrent car elles donnaient à leurs élèves une éducation « antirépublicaine« . Elles se séparèrent et devinrent institutrices, l’une dans un château des environs de Saumur, l’autre au château de la Sorinière de Chemillé.

A partir de 1801, des suppliques sont adressées par d’anciennes religieuses de l’abbaye mère pour le rétablissement d’une communauté dans l’ex abbaye mère ou à la Sénatorerie de Saint-Florent.

Certaines moniales en 1802 abjureront le serment de Liberté-Égalité.

1 er EMPIRE

Le curé de Notre-Dame de Chemillé, en 1805, choisit les sœurs Rosé pour diriger une école de filles dans sa paroisse.

Peu à peu, les anciennes religieuses de l’abbaye mère se joignent aux deux sœurs. Ce n’est pas encore la restauration de l’Ordre, mais elles pensent à reprendre une vie régulière et suivre de nouveau la règle de Fontevraud.

En 1805, elles écrivent au cardinal Caprara https://fr.wikipedia.org/wiki/Giovanni_Battista_Caprara, nonce de Pie VII à Paris, et évoquent leur ancienne abbaye.

Le nonce leur répond que Fontevraud ne peut redevenir un asile de prière et de silence, car un décret de 1804 l’a transformée en maison de force et de correction. Il leur permet toutefois de reprendre une vie communautaire et de faire des vœux simples et provisoires. Le curé Alliot rédige des statuts provisoires.

 

Une première profession, l’une des toutes premières du diocèse d’Angers, a lieu en 1806, dans l’église paroissiale. Les vœux sont rédigés en latin, selon l’usage de Fontevraud pour les religieuses de chœur. La formule des vœux se rapproche énormément de celle prononcée dans l’ex abbaye.

Plusieurs religieuses fontevristes de la Regrippière, https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2013/08/08/l-le-prieure-de-la-regrippiere-en-vallet-44330-detruit-en-1793-par-les-colonnes-infernales/ ancien prieuré fontevriste du diocèse de Nantes, entendent parler de la maison de Madame Rosé. Elles sollicitent la faveur d’y être admises.

En 1808, les locaux deviennent exigus et Madame Rosé, avec l’aide de ses parents et des pensions des anciennes religieuses, de nouveaux locaux sont achetés pour y installer la communauté naissante.

En 1809, deux anciennes fontevristes de l’abbaye mère s’ajoutent à la communauté. Les habitants de Chemillé appellent l’immeuble « le couvent de Fontevraud ».

Quelques jeunes filles de Chemillé sont admises comme sœurs converses et vont prononcer leurs vœux en français (rite de l’ancienne abbaye).

 

Peu à peu la vie de la communauté s’installe avec l’école, l’instruction des novices après les heures de classe.

Ensuite, elles se réunissent dans la chambre basse qui sert de salle commune et de réfectoire. Les anciennes professes récitent le grand office, les jeunes professeurs et les postulantes récitent le petit office de la Sainte Vierge.

Après la prière, Madame Rosé prend la parole, leur raconte l’histoire de l’abbaye de Fontevraud, la vie des religieuses, et donne un avis sur la manière de tenir une classe.

D’autres religieuses demandent au Ministre Secrétaire d’État, Ministère de l’Intérieur, la cession de la maison de Saint Florent.

RESTAURATION

En 1817, les religieuses reprennent leur habit de religieuse, et une cérémonie de profession a lieu le 28 août 1817 en présence de nombreux centres de la région d’Angers, Seiches (49140) , Brigné (49700) , St-Rémy-en-Mauges (49110). Trois novices font profession de foi dans l’église de Notre Dame de Chemillé, et seront reconduites au couvent.

La nouvelle se répand dans la région. Sept ancienne religieuses de l’abbaye viennent à Chemillé, avec l’espoir de retrouver leur vie cloîtrée, orante, et observer la règle sous laquelle elles avaient prononcé leurs vœux.

 

En 1818, elles obtiennent l’autorisation de construire une chapelle et d’y conserver le Saint-Sacrement. Cela leur permet d’organiser d’une manière plus régulière leur vie conventuelle, de visiter le Saint-Sacrement sans sortir de la communauté.

La bénédiction de l’oratoire a lieu le 22 janvier 1818. A cette occasion, Monseigneur Montault, (Charles Montault des Isles ?  http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1988_num_95_3_3294 évêque d’Angers, va nommer un confesseur ordinaire pour les religieuses.

En 1819, Madame Rosé écrit au Souverain Pontife afin de donner à son monastère le nom que portait le principal cloître de Fontevraud : Sainte Marie de Fontevraud. Elle fait également une demande auprès de Monseigneur Montault pour avoir un aumônier.

A partir de 1820, le but de Madame Rosé est de restaurer l’ordre de Fontevraud. Monseigneur Montault, entrant pleinement dans ses vues, entreprendra toutes les démarches auprès de la Papauté.

Pendant ce temps, Madame Rosé agrandit la maison, établit la clôture, construit un parloir, bâtit deux chambres basses et deux dortoirs car les pensionnaires sont de plus en plus nombreuses.

Deux anciennes fontevristes venues du prieuré de Montaigu (85000) se joignent à la communauté.

 

pont-neuf-1817

le Village du Pont-Neuf de Montaigu, 20 ans après le passage des troupes révolutionnaires (en rose, les bâtiments encore utilisés ; en jaune, les bâtiments ruinés – cadastre de 1814); http://montaiguvendee.fr/cms/index.php?page=montaigu-histoire-et-citoyennete

Deux ans plus tard, madame Rosé est très inquiète car elle n’a aucune nouvelle de la Papauté.

 

La vie continue. Monseigneur Montault nomme son premier vicaire général comme supérieur ecclésiastique de la communauté, et fait procéder à l’élection canonique de la Supérieure. L’élection a lieu le 25 juillet 1822 et les suffrages désignent Madame Rosé.

Mais aucun acte de l’autorité ecclésiastique ne vient entériner cette nomination et donner à la fondatrice le droit de commander au nom de l’Église. Malgré son titre de supérieure, elle signait tout simplement Rosé religieuse.

 

Deux longues années se passent encore dans l’attente. Enfin, le 30 septembre 1824, Monseigneur Montault se présente à la communauté en qualité de visiteur. Il interroge chaque sœur en particulier : il veut savoir si elle désire suivre la règle du Bienheureux Robert d’Arbrissel.

La communauté est reconnue par la Papauté. Ce n’est plus la communauté religieuse de Chemillé, mais bien l’Institution de « Sainte Marie de Fontevrault ».

Approuvée par le Pape, Madame Rosé veut l’être aussi par le Roi. Un dossier dressé par Monseigneur Montault est adressé au Ministère de l’Instruction Publique et des Affaires Ecclésiastiques.

Madame Rosé voulait aussi construire une chapelle extérieure pour isoler complètement les religieuses.

L’approbation du Roi Charles X est reçue à Chemillé au mois de février 1827.

Enfin, Madame Rosé, pour établir la clôture, pose la première pierre de la chapelle extérieure en mars 1827. La bénédiction de la chapelle aura lieu un an plus tard. A la même époque, elle fait bâtir plusieurs parloirs fermés par une grille.

Monseigneur Montault leur accorde l’autorisation d’établir un cimetière dans leur enclos.

La clôture est totalement rétablie. Il a fallu 22 ans à cette communauté pour enfin vivre une vie monastique au couvent de Saint Marie de Fontevrault de Chemillé.

 

La reconnaissance légale de la communauté de Brioude n’est obtenue qu’en 1829.

A Boulaur, devant la menace de fermeture de l’établissement, les religieuses demandent l’autorisation légale d’exister. Elles ne l’obtiendront qu’en 1847, après une enquête auprès du maire de la commune qui écrit : »que l’esprit de charité, de sagesse, de religion et d’ordre qui préside à la direction de ces sœurs a toujours concilié et leur concilie plus que jamais l’estime et la vénération des habitants du pays« .

II nde REPUBLIQUE

Réunion à Brioude, 1849 

Les trois prieurés de Chemillé, Brioude et Boulaur vivent indépendants les uns des autres. Les prieures vont se réunir en 1849 à Brioude. Peut-être voulaient-elles recréer l’Ordre qui est déjà amputé de la branche masculine. Elles vont réciter ensemble les 48 articles de la règle et unifier leur coutume.

Elles ne vont pas réformer l’Ordre de Fontevraud en plaçant une abbesse à la tête de l’Ordre : chaque supérieure dirigera indépendamment son couvent. Peut-être les évêques des trois diocèses n’ont-ils pas voulu voir diminuer leurs prérogatives sur ces couvents car l’abbaye de Fontevraud dépendait directement de la papauté.

 

Translation des cendres de Robert d’Arbrissel

Quelle ne fut pas la joie des religieuses de Chemillé lorsqu’elles reçurent en 1847 l’autorisation de la Préfecture d’Angers de transférer les cendres de Robert d’Arbrissel, le fondateur de l’Ordre de Fontevraud.

 

p1140729

  Les cendres qui sont restées depuis la Révolution à la Centrale de Fontevraud.

Elles écrivent à M. Lucas, Directeur de la Centrale. La capse qui renferme les cendres du Bienheureux Robert est remise aux religieuses de Chemillé le 22 octobre 1847. Cette capse en plomb, de forme ovoïde porte l’inscription suivante :

 » En ceste capse sont les os et cendres du digne corps du vénérable Robert d’Arbrissel, instituteur et fondateur de l’Ordre de Fontevraud, selon qu’on les trouva en son tombeau quand il fut livré et érigé en ce lieu pour faire le grand autel par le commandement et bon soing de digne abbesse et chef du dict Ordre Madame Louise de Bourbon le 5 octobre 1622« .

Après la translation des cendres, les supérieures de trois prieurés de Chemillé, Brioude et Boulaur se mobilisent de 1848 à 1860 pour obtenir de la Papauté la canonisation de leur bienheureux fondateur. Elles se font aider par Dom Guéranger, abbé de Solesmes, et par les évêques d’une dizaine de diocèses où existaient avant la Révolution des prieurés fontevristes. Une étude sérieuse serait nécessaire afin de savoir pourquoi cette canonisation n’a pas été obtenue.

La vie se poursuit dans les trois communautés.

Vie des nouvelles moniales fontevristes

Chaque jour :

5h       Signal du lever

Oraison qui dure une heure

Messe

Office de Tierce

10h     Office de Sexte

12h     None

15h     Vêpres

18h     Complies

20h     Matines et Laudes

Avant la Révolution, elles récitaient Matines et Laudes pendant la nuit, à minuit et 3h.

Nous retrouvons comme avant la Révolution deux classes de religieuses : religieuses de chœur astreintes à la prière religieuse, et converses plus particulièrement affectées aux travaux manuels (jardinage, ménage, étable, etc.).

Ces converses, souvent appelées les « Marthe » du couvent, suppléent à la récitation des offices par des prières et le chapelet tout en travaillant.

Comment  devient-on religieuse

Postulat

Une future religieuse rentre au postulat qui dure de six mois à un an. Elle s’initie aux usages de la maison.

Ensuite, elle entre au noviciat : la postulante prend la vêture, vêtue de blanc, comme une fiancée, couronnée de roses, elle est conduite par la sous-prieure et la maîtresse des novices devant la Révérende Mère Prieure qui se tient près de la grille, côté de l’Épître.

« Ma fille, que voulez-vous ?

Ma Mère, je demande la Miséricorde de Dieu, le pain et l’eau, votre Sainte Société et l’habit de Sainte Religieuse s’il vous plait de me l’accorder« .

Elle est dépouillée des livrées du monde.

Quelques instants après, la porte du fond du chœur s’ouvre et la postulante s’avance tête nue, portant une large robe de laine blanche. Un fichu blanc entoure le cou. Les cheveux flottent sur ses épaules. Elle s’avance vers le chœur en chantant le Veni Creator, tenant à la main un cierge allumé, et va s’agenouiller devant la Révérende Mère Prieure qui lui coupera trois longues mèches de cheveux et prononcera « que les boucles qui tombent de votre tête vous apprennent à retrancher de votre cœur les vanités du siècle« .

Elle reçoit alors le voile, la guimpe, le bandeau, la ceinture de laine, la coule, le voile blanc, ce voile qui symbolise l’humilité et la modestie.

La postulante devient novice.

Le postulat dure 12 à 18 mois. Elle se prépare à la profession.

Le jour de sa profession, elle fera les vœux de chasteté, de pauvreté, d’obéissance et de clôture. La profession se fera en latin pour les sœurs de chœur, en français pour les sœurs converses.

A Chemillé, en dehors de la prière, les religieuses se partagent entre les travaux manuels, les travaux d’aiguille (comme dans l’ex abbaye de Fontevraud) et l’enseignement.

Des religieuses enseignantes

Depuis 1806, le nombre d’élèves augmente considérablement.

Les religieuses enseignent le catéchisme, la lecture et l’écriture, les mathématiques, l’histoire et la géographie, et aussi des travaux manuels, la couture ordinaire et l’art de broder.

A partir de 1817, un pensionnat est ajouté à l’externat pour recevoir les élèves des environs (Chalonnes (49290) , Trémentines (49340), etc.).

Après les anciennes religieuses de l’ex abbaye de Fontevraud, la supérieure constate un affaiblissement dans l’enseignement donné aux enfants par les autres sœurs. Elle envoie une des sœurs de Chemillé reprendre des études à Angers.

II nde REPUBLIQUE

Mais à partir de 1850, une école s’ouvre à Notre Dame de Chemillé. Elles s’inquiètent, mais la confiance des parents va toujours aux dames fontevristes. Tandis que les autres écoles perdent des élèves, celle du monastère remonte et rivalise avec « les meilleurs établissements de ce genre ».

III éme REPUBLIQUE

A partir de 1875 toute une série de lois va entraîner la laïcisation de l’enseignement. Dès 1880, Jules Ferry s’attaque aux congrégations religieuses non autorisées qui tiennent des établissements scolaires. Les religieuses sont très inquiètes sur leur avenir. Peu à peu toutes ces lois aboutissent en 1901-1904 à la loi sur les associations et spoliation des ordres religieux et l’interdiction d’enseigner à tous les congréganistes.

imagesDès le 17 juin 1902 Waldeck-Rousseau ordonne par décret la fermeture de 135 établissements congréganistes. Sur 12000 dossiers de demande d’autorisation, 7500 sont rejetés sans examen. La loi du 13 juillet 1904 rompt avec le concordat de 1801. La loi de Séparation de l’Église et de l’État est l’aboutissement de la série de lois de laïcisation prise par la troisième République. La promulgation de la loi de juillet 1904 vise exclusivement les congrégations enseignantes condamnées à disparaître avant dix ans. Cette loi supprime le budget des cultes. Depuis lors l’Église de France vit sans statut légal. Pour obéir au Pape, elle fait le sacrifice de ses biens et accepte résolument la pauvreté.

L’exil

Les religieuses tentent une démarche auprès de la Direction des cultes, alléguant que les communautés ne sont pas qu’enseignantes mais aussi contemplatives. Peine perdue car, dans l’optique du gouvernement d’alors, il convient de faire disparaître aussi les communautés contemplatives.

La suppression des communautés enseignantes met un terme à une période de prospérité et oblige les sœurs à s’exiler à l’étranger, condamnant à brève échéance le développement, voire l’existence même de l’Ordre.

Seules les sœurs de Chemillé obtiennent l’autorisation de demeurer dans leur prieuré à titre d’occupantes avec néanmoins l’interdiction de recruter et d’enseigner.

Boulaur

Les habitants de Boulaur vont en pèlerinage à Notre Dame de Cahuzac pour demander la conservation du monastère. Les pères et les mères considèrent la présence des sœurs comme un honneur et un précieux avantage pour le village.

Le liquidateur fait un inventaire et expulse définitivement les religieuses le 11 novembre 1904. Il fait appel à la force armée car les habitants de Boulaur défendent le monastère. Certaines religieuses sont accueillies dans les familles, d’autres vont se séculariser.

Les habitants vont les aider à s’exiler en portant par des chemins détournés les effets de religieuses jusqu’à la frontière espagnole.

Elles vont s’installer à Vera en Navarre.

Elles commencent par demander l’autorisation au gouvernement espagnol de pouvoir vivre en communauté, de les autoriser ensuite à revêtir leur habit religieux, à dire la Saint Messe chez elles tous les jours.

Les habitants de Vera vont les aider à s’installer, et l’évêque de Pampelune leur donne l’autorisation de vivre en communauté, de suivre leur règle, et d’ouvrir une école où elles peuvent enseigner le français.

En 1910, elles accueillent avec joie les religieuses de Brioude.

Et la vie continue. Elles recrutent parmi les espagnoles.

En février 1916, elles célèbrent le huitième centenaire de la mort du Bienheureux Robert d’Arbrissel.

Souvenirs d’une implantation fontevriste à Vera (Navarre-Espagne)Voir des photos de cette implantation en activant le lien ci-aprés :

https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2017/02/02/souvenirs-dune-implantation-fontevriste-a-vera-navarre-espagne/

Brioude

Les religieuses infirmes sont autorisées à rester dans leur couvent.

Les sœurs valides s’exilent dans la province de Navarre. Elles font deux essais de reconstitution à Lesaca et Elizondo, non loin de Vera où sont installées celles de Boulaur.

Elles enseignent le français, l’anglais et le dessin.

Mais les difficultés financières les obligent à se joindre à la communauté de Boulaur exilée à Vera en 1910.

Mais elles sont inquiètes pour celles qui sont restées à Brioude car le prieuré va être mis en vente.

Chemillé

Les sœurs valides de Chemillé veulent rejoindre celles de Boulaur et de Brioude en Espagne, mais aucun bâtiment n’est libre pour les accueillir.

Elles se dirigent vers l’Italie où elles s’installent dans une « villa » dès 1906 aux environs de Turin.

Le prieur de l’Ordre de Cîteaux en Italie, Monseigneur l’évêque de Turin et Monseigneur Baudriller Évêque d’Angers feront tout pour les aider à s’installer par des donations.

Elles projettent d’ouvrir un pensionnat.

Plusieurs prises d’habit ont lieu en 1911 et 1913.

Elles appellent leur villa  italienne le « Petit Fontevraud ».

La première guerre mondiale favorise le retour des religieuses : les exilées italiennes réintègrent Chemillé dès le début du conflit. Elles essaieront vainement de faire rapatrier leur mobilier et effets restés en garde meuble dans la cité du Bon Pasteur de Turin.

Durant la guerre, les religieuses ouvrent une ambulance, puis un hôpital où elles vont soigner les blessés de guerre.

Elles reçoivent des décorations en 1919.

Puis dès 1921 les relations officielles entre la France et le Vatican sont rétablies.

La vie communautaire reprend avec beaucoup de difficultés, sans reconnaissance légale.

Brioude (43100)

Le couvent est transformé en caserne pendant la guerre 1914/1918. Les religieuses infirmes occupent une partie des bâtiments.

Afin de les aider, deux religieuses exilées en Espagne reviennent à Brioude en 1916.

Le reste de la communauté exilée en Espagne regagne le couvent de Brioude en 1921.

Au début des années quarante, Brioude est fermée par l’évêque du Puy.

Les deux sœurs qui restent, après un séjour dans la communauté de la Visitation de Brioude, regagnent le prieuré de Chemillé en 1942.

Boulaur (32450)

En 1919 à la demande des habitants de Boulaur et de l’archevêque d’Auch, les religieuses exilées à Vera envoient deux d’entre elles pour préparer et restaurer leur couvent de Boulaur, en vue du retour de la communauté.

Les deux religieuses d’origine française vivront seules dans leur couvent de Boulaur.

En 1926, elles louent plusieurs pièces de leur couvent, ouvrent une école, un ouvroir, et espèrent le retour des exilées.

Mère Eutrope meurt en 1932. Mère Medous reste seule. Elle ouvre son couvent à des réfugiés espagnols en 1939. Puis un établissement d’enfants anormaux s’installe en 1940 avec tout son personnel.

Le retour des exilées ne se fera pas pour des raisons liées au recrutement opéré pendant les années d’exil : la presque totalité des sœurs est d’origine espagnole et elles ne se sentent pas d’affinité particulière avec la France.

 

En Espagne

vera-1915

Vera en 1915 tiré du livre des soeurs de Boulaur exilées en Navarra, Espagne.

En 1931, les troubles politiques en Espagne inquiètent la communauté. Des lois franc-maçonniques et de spoliation sont votées contre l’Église en Espagne. En 1932, l’enseignement libre est supprimé, et les communautés doivent avoir 1/3 de leurs membres de nationalité espagnole pour exister.

En 1933 les écoles tenues par les religieux sont fermées.

La communauté des religieuses exilées de Boulaur à Vera n’a plus de moyen d’existence.

 

vera

  Vera en 1996. Photo Joëlle Ernoul (APF)  

Monseigneur Baudriller Évêque d’Angers refuse de recevoir ces exilées à Chemillé.

Le défaut de recrutement et les difficultés matérielles les obligent à fusionner avec la communauté bénédictine de Lumbier (Navarre) en 1941.

La Mère Medous, restée seule à Boulaur, y mourra en octobre 1960.

REGIME DE VICHY

Après la loi Pétain du 8 avril 1942 *,  le couvent Sainte Marie de Fontevraud à Chemillé sera reconnu légalement en juillet 1942.

  • Loi n° 505 du 8 avril 1942 modifiant l’article 13 de la loi du 1er juillet 1901

  • Art. 1er. – L’article 13 de la loi du 1er juillet 1901 est abrogé et remplacé par les dispositions suivantes :

        « Art. 13. – Toute congrégation religieuse peut obtenir la reconnaissance légale par décret rendu sur avis conforme du conseil d’État;

IV éme REPUBLIQUE

A la fin de la seconde guerre mondiale commence une période d’agonie pour la communauté de Chemillé, seule survivante, due au décès des sœurs et à la crise du recrutement.

La dernière fontevriste de Brioude vivant à Chemillé meurt en 1955. L’avenir des fontevristes est incertain. L’évêque d’Angers( Mgr Chappoulie) pense sérieusement à les intégrer dans une autre communauté.

En 1951, une association des « Amis de Fontevraud » est créée dans le but de perpétuer le souvenir de l’abbaye. En 1952, cette association fait estimer les bâtiments et jardins de la communauté des fontevristes de Chemillé dans l’espoir de les acquérir.

En 1953, Monseigneur Henri-Alexandre Chappoulie, Évêque d’Angers, leur rend visite et parle toujours de leur fusion. Il leur propose une fusion avec les Bénédictines Missionnaires de Vanves.

« Fusion extinctive »

Le 4 mars 1956, les fontevristes de Chemillé intègrent la congrégation missionnaire de Vanves (92170) http://www.benedictines-ste-bathilde.fr/ . Le monastère de Chemillé est en très mauvais état. Il est préférable de chercher une autre maison.

En 1959, elles s’installent à la Barre à Martigné-Briand (49540), où elles ouvrent une hôtellerie

Le 18 septembre 1963 a lieu la translation des restes des religieuses fontevristes et de leurs aumôniers de Chemillé à Martigné-Briand. A cette occasion, les Chemillois montrent leur gratitude envers les fontevristes sœur Thérèse et sœur Gabrielle.

« Le monastère de Chemillé est le dernier du Grand Ordre de Fontevraud qui fut si florissant en France » (Cardinal Feltin, Paris 1956).

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