Archives de Tag: Amour courtois

-R- L’Abbaye de Fontevrault et le ROMAN DE LA ROSE

L’abbaye de Fontevrault, qui fut fondée vers l’an 1100, et qui renfermait des religieux des deux sexes, fut placée sous la direction d’une abbesse , parce que Jésus-Christ, en mourant, avait confié à sa mère son disciple bien-aimé. 

La femme sort donc de l’isolement où elle avait été longtemps délaissée; elle parle à d’autres hommes qu’au mari à qui on l’a donnée pour mettre fin à l’inimitié de deux maisons, ou pour consolider un fief, mais sans consulter les aspirations de son cœur.

BIBLIOTHÈQUE  ÉCOLES FRANÇAISES D’ATHÈNES ET DE ROME

FASCICULE CINQUANTE-HUITIÈME

ORIGINES ET SOURCES Du ROMAN DE LA ROSE

Par Ernest Langlois (1891) p. 3

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Classé dans Département 49 (a) , Abbaye royale de Fontevraud

-O- FONTEVRAUD, SEULE ABBAYE OU LES HOMMES OBEISSENT A UNE FEMME

C’est en 1101 que Robert d’Arbrissel fonde l’abbaye de Fontevraud au carrefour de l’Anjou, du Poitou et de l’Aquitaine. Ce fils de prétre, qui exige le célibat ecclésiastique et s’est imposé la terrible épreuve de coucher nu avec des femmes pour dompter ses désirs, ne les a ni fuies ni dédaignées. Il a recherché leur compagnie, a converti des prostituées et bâti Fontevraud en mélangeant dans un méme lieu des groupes hétérogènes : hommes et femmes, aristocrates et gens de peu, vierges et femmes ruinées, veuves, répudiées ou épousées fuyant un mari brutal et lépreux. De nombreux monastères obéissant à  la maison mère se sont édifiés : au temps de sa splendeur, on compte jusqu’à  129 prieurés et dépendances. Le plus original, dans cette réinterprétation de la vie cloîtrée, est que l’ordre est dirigé par une abbesse à  qui moines et religieuses doivent obéissance.

Fontevraud se situe à  l’époque et dans la région où naît l’amour courtois. Ce sentiment amoureux, qui s’exprime dans la littérature, subvertit la hiérarchie des sexes : l’homme apparaît en position de vassal, à  genoux aux pieds de sa dame, aussi idéalement belle qu’exigeante, qui lui mesure ses faveurs, exigeant mille prouesses de son amant transi. La tentation est forte de considérer la création de Fontevraud comme l’interprétation monastique d’une mutation spectaculaire des moeurs portant les femmes au pinacle. Cette théorie a eu d’ardents défenseurs.

Robert d’Arbrissel voit dans toute femme Eve, Marie-Madeleine, la pécheresse convertie, mais aussi la Vierge Marie. Il éprouve de la compassion pour les déshérités, pauvres et lépreux. Est-ce suffisant pour qu’on puisse le considérer comme le premier féministe d’Occident ? Non et pour plusieurs raisons. D’abord, son initiative n’est entrée que péniblement dans les usages de l’ordre, et n’a jamais fait école. Ensuite, cette domination féminine s’accompagne d’une différence sociale importante : les hommes sont issus de couches beaucoup plus modestes que les nonnes de choeur au recrutement particulièrement élitiste. Ainsi, de 1115 à  1792, 18 abbesses de sang royal vont gouverner l’abbaye. Les deux épouses successives du duc Guillaume IX d’Aquitaine y ont pris le voile. L’abbaye est protégée ensuite par les rois d’Angleterre : Aliénor, épouse d’Henri II, et son fils y sont enterrés. Puis le roi de France prend le relais et l’abbesse Renée de Bourbon (1491-1534) tente de réformer l’ordre. Cet appui royal a permis à  Fontevraud de surmonter les tensions créées par une subordination masculine contre nature.(NDLRB: ???)

Peut-on dire que Robert est persuadé de la supériorité des femmes sur les hommes ? Sinon, pourquoi a-t-il placé les hommes en position de soumission ? Le spécialiste des ordres monastiques Jacques Dalarun avance que le fondateur ne cherche aucun bouleversement ni de l’ordre social ni de la hiérarchie des sexes. Son seul souci est le salut de tous ses protégés : celui des femmes riches abandonnant le monde, celui des prostituées fuyant la fornication, celui des hommes acceptant l’obéissance. Lui-même, d’ailleurs, ne s’est jamais soumis à  l’abbesse. Sa vie durant, il est resté le chef de sa fondation.

Qu’est-il advenu de la mémoire de Robert ? Il est inconcevable qu’une femme, à  l’époque, écrive elle-méme l’hagiographie du fondateur. La première abbesse, Pétronille de Chemillé, fait rédiger une première hagiographie, puis une seconde, tronquée, parce que trop favorable aux frères. Elle  » a tiré l’ordre vers sa version la plus banale : de riches moniales entourées de prétres et de domestiques « , comme dans tous les monastères de l’époque. Quant à  Robert, très critiqué de son vivant, il est le seul fondateur d’ordre à  ne pas avoir été canonisé.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36431696.html

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Classé dans Ordre monastique de Fontevraud en son ensemble

-A- ROBERT D’ARBRISSEL PROMOTEUR DE l’AMOUR COURTOIS

Robert d’Arbrissel, fondateur de Fontevraud, avait inauguré la grande fronde féminine qui devait donner ses plus beaux fruits au «printemps du Moyen Âge». À ce fils de prêtre que rien ne semblait prédestiner au succès, à cet anachorète débordé par la renommée de son charisme, il fut reproché de vivre dans la promiscuité des femmes, non tant pour en jouir que pour se mettre à l’épreuve tantalisante de la chair 1.

S’affranchir du péché sans dédaigner ses charmes, c’était ouvertement braver l’Église, rompre avec la culpabilité qu’elle entretient à seule fin d’étrangler ses ouailles dans les lacets de la servitude.

Dans un ouvrage consacré à Robert d’Arbrissel, Jacques Dalarun évoque la rivalité entre ce fou de Dieu (et des femmes) et le premier en date des troubadours, Guillaume, VIIe comte de Poitiers, IXe duc d’Aquitaine. Enragé par le succès du clerc, Guillaume avait poussé le sacrilège jusqu’à construire «une habitation à l’image d’un monastère, disant dans son délire qu’il fondait une abbaye de prostituées 2».

Selon l’historien Reto R. Bezzola, cette rivalité constituerait un événement décisif pour l’invention de l’érotique courtoise.

1 Cf. Jacques Dalarun, Robert d’Arbrissel, fondateur de Fontevraud, Paris, Albin Michel, 1986

2. Guillaume de Malmesbury, cité par Jacques Dalarun, op. cit., p. 96

Luc Richir. La liberté est sans  pourquoi.

https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=SN_015_0071

D’après Reto R. Bezzola*, c’est le succès de Fontevrault auprès de la noblesse féminine poitevine (et de ses femmes en particulier) qui poussa Guillaume IX, alors poète paillard, cynique et irrespectueux et des femmes et de la religion, à changer sa façon d’écrire pour composer des poèmes d’amour

p. 296 : « pour rivaliser avec l’attraction qu’exerçait sur les âmes l’amour mystique et la soumission à la ‘domina’ , que propageait Fontevrault, il eut le désir d’opposer au mysticisme ascétique de l’époque un mysticisme mondain, une élévation spirituelle de l’amour du chevalier. »

* Reto R. BEZZOLA. Les origines et la formation de la littérature courtoise en Occident (500-1200). Première partie : La tradition impériale de la fin de l’antiquité au XIe siècle. Paris, Champion, 1944. (Bibliothèque de l’École des Hautes- Études, sciences historiques et philologiques, fasc. 286.)

….

Cette hypothèse de Bezzola a été critiquée (comme a été critiquée l’hypothèse arabe). Mais en fait, l’erreur n’est -elle pas de croire à une seule source de l’amour courtois, alors qu’il peut très bien y en avoir plusieurs.

Guillaume, piqué au vif par le succès de Robert d’Arbrissel et des clercs qu’il déteste, aurait décidé lui aussi de chanter l’amour pour la domna, en s’inspirant, non pas des poésies latines de clercs, mais de la poésie arabo-andalouse.

http://www.arbre-celtique.com/forum/viewtopic.php?p=60279&sid=d2fe676a0f71eebd37779ed53f3acadc

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