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Lorsque Régine Pernoud parlait de l’Abbaye de Fontevraud aux temps des cathédrales.

La femme aux temps des cathédrales Deuxième partie (4)

Fontevraud est une abbaye dont l’histoire illustre le pouvoir nouveau de la femme qui s’épanouit entre les XIe et XIIe siècle.

La femme aux temps des cathédrales, Régine Pernoud, Éd. Stock 1980

Deuxième partie

L’Âge féodal

5/ « Fontevraud

p 129 à p135

Fleur d’une civilisation, la courtoisie n’est nulle part mieux sentie qu’à Fontevraud par la vie qui l’anime, par les personnages qui s’y rattachent. Reto Bezzola (…) est celui qui le premier a étudié et mis en valeur cet ordre de Fontevraud

L’ordre de Fontevraud

Le 31 août 1119, l’abbaye Sainte-Marie de Fontevraud reçoit un visiteur illustre entre tous : le pape Calixte II. (…) il vient en personne procéder à la consécration du maître-autel de l’abbaye toute neuve, et toute jeune encore. (…) il s’agit d’un Bourguignon, qui avant d’être élevé au souverain pontificat a été archevêque de Vienne, et qui, sensible au renouveau religieux qui se manifeste en France, ne peut manquer d’encourager les fondations comme celle de Fontevraud. Son prédécesseur, Urbain II, avait lui aussi, vingt-cinq ans plus tôt, entrepris tout un périple au cours duquel il avait exhorté les « Francs » à prendre les armes pour libérer Jérusalem – ce que nous appelons la première croisade – avec un succès inespéré.

Néanmoins la venue d’un pape dans ce coin de l’Anjou était pour tous un événement. Une trace sensible en est resté, en l’espèce la première charte de confirmation de l’ordre que Calixte II devait édicter deux mois après son passage dans l’abbaye alors qu’il résidait à Marmoutiers.(…)

Pour accueillir le pape sur le seuil de l’église, une jeune femme de vingt-six ans, Pétronille de Chemillé, abbesse de Fontevraud. En cette année 1119, elle se trouvait depuis quatre ans déjà à la tête de l’ordre de Fontevraud fondée par le très fameux Robert d’Arbrissel. (…) Il s’agit d’un ordre double, comportant moines et moniales ; aussi deux séries de bâtiment s’élèvent-ils, entre lesquels l’église abbatiale (90 mètres de long sur 16 de large pour la nef et 40 pour le transept) domine et rassemble à la fois les deux parties du monastère. Elle est le seul lieu où hommes et femmes se retrouvent, pour la prière et les offices liturgiques. La règle est stricte sur ce point. Aucun moine ne peut pénétrer dans la partie réservée aux moniales et réciproquement. (…)

Fontevraud regroupe en ce début du XIIe siècle trois cent moniales et soixante-dix moines ; mais déjà l’ordre a essaimé ; vers les années 1140 – 1150, un contemporain, et non des moindres puisqu’il s’agit de Suger, abbé de Saint-Denis, estime à cinq mille le nombre de ses membres. Or, c’est une abbesse qui est à leur tête, et non un abbé. Les moines qui entrent dans l’ordre lui doivent obéissance et font profession entre ses mains.

(Qui est Robert d’Arbrissel?)

« Sachez-le, frères très chers, tout ce que j’ai bâti en ce monde, je l’ai fait pour nos moniales ; je leur ai consacré toute la force de mes facultés, et qui plus est, je me suis soumis moi-même et mes disciples à leur service pour le bien de nos âmes. J’ai donc décidé avec votre conseil que, de mon vivant, c’est une abbesse qui dirigerait cette congrégation ; qu’après ma mort personne n’aille oser contredire à ces dispositions que j’ai prises » – ainsi s’exprimait dans ses dernières volontés, à propos de Fontevraud, le fondateur de l’ordre, Robert d’Arbrissel. De surcroît, les statuts qu’il avait établis, précisaient que cette abbesse devait être non une vierge, mais une veuve ayant eu l’expérience du mariage ; il assimilait le service des moines à celui de saint Jean l’Évangéliste auprès de la Vierge Marie que le Christ lui avait confiée du haut de la Croix : « Voici ta mère. » Et c’est pourquoi, entre autres raisons, il avait choisi Pétronille de Craon qui , deux ans après la mort de son époux le sire de Chemillé, était entrée à vingt-deux ans à Fontevraud.

Ce fondateur qui exprimait avec tant de force cette volonté pour nous si étrange de soumettre des moines au magistère d’une abbesse est né en Bretagne, à Arbressec (Ille-et-Vilaine) en 1050 ; il a d’abord étudié dans diverses écoles, certainement à Paris et aussi à Rennes. Devenu prêtre, il fait preuve d’un grand zèle de réformateur en cette époque de réveil de l’Église après une profonde décadence ; il combat la simonie (l’achat à prix d’argent de charges ecclésiastique, cette plaie de l’Église carolingienne) ; il s’attaque aussi au mariage des prêtres : il savait de quoi il parlait, étant lui-même le fils d’un prêtre nommé Damalochius. À Angers, où il lie connaissance avec Marbode, auteur de nombreux poèmes et traités scientifiques, le désir commence à le hanter d’une vie plus austère, plus entièrement consacrée à Dieu. Il devient ermite dans la forêt de Craon (Maine).

Mais comme il arrive souvent à ceux qui cherchent Dieu dans la solitude, il se trouve bientôt rejoint par de nombreux imitateurs qui deviennent ses fidèles. L’Église d’alors, rénovée et purifiée pa rla Réforme grégorienne, qui l’a soustraite aux pouvoirs temporels, à la tutelle des seigneurs, du roi, de l’empereur – lesquels, à l’époque de Charlemagne et plus encore de ses descendants, s’étaient habitués à considérer les évêques et curés comme leurs agents et leurs fonctionnaires – est bientôt gagnée par une extraordinaire ferveur que manifestent les créations d’ordres nouveaux : la Chartreuse, Cîteaux, Grandmont, etc. Celui de Fontevraud occupe dans ce contexte une place importante. Autour de Robert, des groupes de jeunes et de moins jeunes se forment bientôt spontanément, si bien qu’un jour l’ardent ermite sent la nécessité de fixer dans un monastère les compagnons qui l’entourent ; le sire Renaud de Craon en facilite la fondation en lui octroyant une terre où s’élèvera Sainte-Marie de la Roé en 1096. Le pape Urbain II, alors en France, entend parler de Robert d’Arbrissel ; très préoccupé lui-même par la réforme de l’Église autant que de la libération des Lieux saints, il tient à le voir personnellement, confirme sa fondation et le presse de continuer à prêcher pour seconder ses propres efforts. Robert se consacre donc à la prédication (…). (…)

On peut sans trop de difficulté,en notre deuxième moitié du XXe siècle, imaginer Robert d’Arbrissel et son accoutrement digne des hippies de notre temps. La foule qui le suit n’a pas un aspect plus rassurant : (…). Foule composite au surplus : (…). (…) En effet, – est-il besoin de le préciser ? – Robert mène au milieu de cette foule disparate une vie de parfaite chasteté.

 

Fin

 

Les pages qui suivent mettent l’accent sur l’histoire de femmes qui prirent le voile pour se retirer à Fontevraud. Pour chacune d’elles, Régine Pernoud détaille pour nous certains de leurs scandales. Il s’agit de Bertrade, Ermengarde, les deux Mathilde (Mathilde d’Anjou, fille de Foulques V d’Anjou et Mathilde, fille de Henri Ier et de la reine Édith), et Aliénor d’Aquitaine au travers de multiples chartes au profit de l’abbaye de Fontevraud.

Bertrade (p136 à p142)

La première, Bertrade, fille de Simon de Montfort a eu des mariages successifs et exercé “son « charme » un peu dans le sens que donnent au terme les traités de sorcellerie” ; elle avait le “sens de la riposte prompte et de la moquerie facile”. Avec sa sœur, Isabelle, toutes deux savaient “être indiscrètes et violentes.” Chacune dans son genre, “les deux filles de Simon de Montfort, (…) étaient « des maîtresses femmes”, l’une se dépensant “en amours illicites”, l’autre mettant tout son “ardeur à faire la guerre”.  “Ce sont ces deux dames qui un jour, alors qu’elle sont encore en plein éclat, se présentent à Fontevraud, demandant humblement à Robert d’Arbrissel de les admettre parmi ses moniales !

À la réflexion, on comprend mieux que Robert d’Arbrissel ait décidé de soumettre ses moines à des femmes douées de telles personnalités, comptant sur la grâce pour qu’elles mettent au service de Dieu autant de zèle et de fougue qu’elles en avaient mis au service de leurs passions. Lorsqu’on lit les chroniques de l’époque et qu’on se penche sur les détails de l’histoire en ces premiers siècles de la civilisation féodale, une remarque s’impose : la forte personnalité de la plupart des femmes face à leurs partenaires masculins. Philippe Ier et Foulques le Réchin font pâle figure à côté de Bertrade qui les manœuvre à son gré et finalement se trouve capable d’un repentir que ne connaissent ni son époux ni son amant.

 

Ermengarde (p143 à p149)

Elle est la fille aînée de Foulques d’Anjou lors de son premier mariage avec Audéarde de Beaugency. Bertrade, la seconde épouse de Foulques d’Anjou est donc belle-mère d’Ermengarde. Toutes deux se retrouvèrent à Fontevraud. “Une lettre que l’ardent prêcheur Robert d’Arbrissel lui écrivit” est “toute remplie d’exhortations non à entrer au couvent, mais au contraire à rester dans le siècle, au milieu d’une société dont il fait le sombre tableau” : (…). “Les lettres de Robert d’Arbrissel sont toutes imprégnées d’une robuste sagesse ; elles reflètent aussi le mode de lecture de l’Évangile familier à son époque : (…) Prier la nuit avec le Seigneur sur la montagne, (…)”. Ce qui décida définitivement Ermengarde à prendre le voile, c’est le fait que “son époux, Alain Fergant, duc de Bretagne, (…), se faisait moine à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon”.

À son arrivée à Fontevraud, elle reçoit “« un impressionnant hommage poétique », une épître en vers fort belle”. La voici :

« Fille de Foulques, honneur du pays d’Armorique

Belle, chaste, pudique, candide, claire et fraîche,

Si tu n’avais subi le lit conjugal et le travail d’enfants,

À mes yeux, tu pourrais incarner Cynthia (Diane)…

Au cortège des épousées, on te prendrait pour déesse,

Une parmi les premières. Oh trop belle que tu es !

Mais cette beauté qui est tienne, fille de prince, épouse de prince,

Passera comme fumée et bientôt sera poussière…

On admire ton harmonieux visage, et il est précieux,

Mais ou mort ou vieillesse en détruiront le prix.

Cet éclat brillant de lumière, qui blesse les regards,

Et cette blonde chevelure, l’un et l’autre seront cendres,

On dit de toi que nulle femme ne te vaut,

Si experte en paroles, avisée en conseil :

Cela aussi te manquera, et n’en demeurera que fable.

La fable parle aussi de ceux qui furent jadis éloquents.

[…] De telles richesses ne sont pour nul perpétuelles.

Elles vont avec le monde, elles tombent avec qui tombe ;

Mais que tu aimes le Christ, que tu méprises ce monde,

Que vêtements et nourriture te soient celui des pauvres,

Cela te fait et belle et précieuse au Seigneur,

Ni mort, ni vieillesse n’en détruiront le prix… »

Régine Pernoud s’exclame ici : “Dire que l’on qualifia les textes latins de cette époque de « basse latinité » ! Ce texte, magnifique, a été composé par Marbode, évêque de Rennes et ami de Robert d’Arbrissel. C’est, en effet, étonnant cet “élan poétique [de la part] d’un évêque s’adressant à une femme”. Il est alors âgé de soixante-dix-sept ans. À peu près inconnue de nos jours, son œuvre en son temps a joui d’une très grande vogue. Il a composé en effet le plus ancien traité sur les pierres précieuses, Le Lapidaire, donnant naissance à un véritable genre littéraire dans lequel les vertus des pierres, leurs pouvoirs magiques, leur correspondance avec « les couleurs et les sons » sont prétexte à des évocations parfois déconcertantes, toujours poétiques ; son succès auprès des contemporains en a fait l’une des œuvres le plus souvent recopiées à l’époque ; on en connaît plus de cent trente manuscrits ; il a fait l’objet de toutes sortes de traductions et adaptations : en français (on en a fait six traductions différentes), en provençal, en italien, en espagnol, et jusqu’en danois, en irlandais et en hébreu. (…)

Peu après “la mort de Robert d’Arbrissel, survenue le 25 février 1117”, soit “la disparition de son père spirituel”, Ermengarde quitte Fontevraud. Puis son frère s’éloigna définitivement d’elle, en acceptant de devenir “l’époux de Mélisande, fille d’une princesse arménienne et du roi Baudoin II ; ce qui signifie qu’il se consacrera désormais à la défense du royaume de Jérusalem. À la mort de Baudoin II  en 1131, il ceindra cette couronne de Jérusalem (…)”. (…) Ermengarde fut affectée par le départ définitif de son frère. Elle reprend alors le voile, cette fois “parmi les cisterciennes du prieuré de Larrey”. À cette époque, elle reçut de nouveau une lettre, cette fois, de Saint Bernard, digne d’“un épître de troubadour à sa dame”. À la demande de son frère, elle entreprit “le pélerinage en Terre sainte”. (…) À son retour, elle s’établit “au couvent de Saint-Sauveur de Redon où son second époux, Alain le duc de Bretagne, avait vécu ses dernières années ; c’est auprès de lui qu’elle demande à être inhumée lorsqu’elle meurt en 1147 ou 1149”. (…)

L’évocation de sa vie, (…) met en lumière un aspect inhabituel des relations entre la femme et les hommes d’Église en ce début du XIIe siècle : qu’il s’agisse de Robert d’Arbrissel, de l’évêque Marbode de Rennes ou de l’abbé Bernard de Clairvaux, à ces trois hommes d’Église éminents et d’une sainteté insoupçonnable, elle a inspiré des accents que n’eût pas désavoué Fortunat, l’évêque-poète de Poitiers, lorsque lui-même s’adressait à la reine Radegonde en termes délicats où la tendresse le dispute au respect :

« Où se cache ma lumière loin de mes yeux errants

Ne se laissant prendre à mon regad ?

J’examine tout : airs, fleuves, terre ;

Puisque je ne te vois, tout cela m’est peu.

Le ciel peut bien être serein, loin les nuages,

Pour moi, si tu es absente, le jour est sans soleil. »

La courtoisie (…) est devenue populaire, elle imprègne les foules, y compris celle des clercs et des moines qu’on nous a si souvent dépeints comme hostiles à la femme. Elle illumine la pensée des hommes d’Église les plus austères, des réformateurs les plus rigoureux ; toute la société féodale baignera dans cette poésie faite de respect et d’amour.

Les deux Mathilde (p150 à p158)

Le double monastère de Fontevraud est dirigé pendant trente-cinq ans par Pétronille de Chemillé. À sa mort, le 04 avril 1149, les moniales désignent pour lui succéder Mathilde d’Anjou. Celle-ci, fille de Foulques V et par conséquent nièce d’Ermengarde de Bretagne, a alors 43 ans. Elle était entrée à 11 onze ans à Fontevraud et en était sortie deux ans plus tard pour être mariée avec le fils aîné du roi d’Angleterre Ier soit Guillaume Adelin. Elle perdit son époux en décembre de l’an 1120 : le naufrage de la Blanche-Nef entraîna la perte de toute la jeunesse de la cour d’Angleterre, laissant le pays en deuil, et un roi Henri Ier inconsolable.

Cédant aux objurgations de l’archevêque de Cantorbéry, Raoul, il reprit épouse : Aélis de Louvain, dont il espéra un héritier qu’elle ne put lui donner. Sans héritier, à sa mort, l’Angleterre fut livrée à l’anarchie. La courronne d’Angleterre revint, bien des années plus tard, à son petit-fils Henri qui pour l’histoire deviendra Henri Plantagenêt qui héritera aussi du surnom de Fitz-Empress, fils de l’impératrice, par sa mère. En effet, sa mère Mathilde, fille de Henri Ier et de la reine Édith, avait été fiancée à sept ans à l’empereur d’Allemagne Henri V, de trente-deux ans son aîné. À son décès, sans enfant, elle regagna l’Angleterre. Puis, à vingt-quatre ans, elle devient l’épouse de Geoffroy le Bel, le fils de Foulques V d’Anjou, mais n’apprécia pas mieux sa deuxième union conjugale. Elle est décrite comme dure, autoritaire, arrogante. (…) De toute évidence une maîtresse femme, mais plus douée pour la guerre que pour la courtoisie.

Pourtant l’Angleterre, en cette première moitié du XIIe siècle, est sensible aux lettres et à la poésie. Grâce, d’une part, à la première femme d’Henri Ier, la reine Édith, fille de Malcolm et Marguerite d’Écosse, qui fut une reine très aimée, très instruite, passionnée de musique, accueillant avec une générosité tout sortes d’hôtes, mais surtout les clercs et les musiciens ; elle s’était fait une large renommée et voyait affluer autour d’elle, d’après Guillaume de Malmesbury, tous ceux qui s’étaient rendus fameux par leurs poèmes et leurs chansons. Marbode de Rennes, Hildebert de Lavardin, les deux plus célèbres poètes du temps lui ont adressé plusieurs de leurs œuvres dont une dizaine nous sont connues. De fait, la cour d’Angleterre était alors le centre d’une extrême activité littéraire, encouragée par le roi lui-même, surnommé Beau-clerc. Un clerc, à l’époque, (…) est celui qui a étudié, aux écoles, la grammaire et les autres « arts libéraux » ; bref, un lettré. Henri « s’intéressait à tout », dit de lui Orderic Vital ; (…).

Sa deuxième épouse Aélis de Louvain, fut aussi vantée par les poètes pour sa beauté et sa sérénité. Princesse cultivée, c’est à elle que seront adressées les premières œuvres poétiques en langue vulgaire : (…). Lui est dédicacé le Voyage de saint Brendan, sorte de roman fantastique composé par un clerc nommé Benoît en 1122 ; un autre clerc, Philippe de Thaon, renchérissait en lui dédiant son Bestiaire, qui décrit le monde animal, vrai ou supposé, en donnant la signification symbolique des mœurs ou des usages qu’il prête tant au lion qu’à la fourmi ou à la calandre fabuleuse.

Les deux premières œuvres en langage anglo-normand qui ont vu le jour à la cour d’Angleterre, sont donc nées sous l’égide d’une femme, une reine qui aura ainsi préparé les voies à l’admirable épanouissement que connaîtra la littérature « bretonne » sous le règne d’Aliénor d’Aquitaine. Celle-ci a trente ans lorsqu’elle prend pour époux en seconde noce Henri Plantagenêt qui recevra, un an après leur union, la courronne d’Angleterre en 1153, grâce à la ténacité de Mathilde, sa mère belliqueuse.

Les chartes d’Aliénor (p159 à p169)

Les dons officiels à des établissements religieux sont un des traits caractéristiques de l’époque : pour Aliénor, comme pour la plupart de ses contemporains, ils marquent chacune des étapes importantes de leur vie. D’autre part, Fontevraud, le bénéficiaire privilégié de ses libéralités, est le lieu qui, continûment, indéfectiblement, relie cette reine, toujours en mouvement, à son passé et à son avenir.

Fontevraud est lié à Aliénor d’Aquitaine par son grand-père, Guillaume IX d’Aquitaine : le plus connu de nos troubadours, poète prodigieusement doué, grand amateur de femmes, d’abord paillard et d’une sensualité débridée en poésie comme en prose, il s’était répandu en moqueries sur Robert d’Arbrissel et les foules qu’il drainait vers Fontevraud, où se côtoyaient grandes dames et protituées. Pourtant, peu à peu ébranlé par une ferveur qui gagnait jusqu’à sa propre femme Philippa et sa fille Audéarde, le poète licencieux avait changé de ton ; à la surprise générale, il avait fait don de la terre de l’Orbestier à un disciple de Robert, nommé Fouchier, sur ses propriétés entourant le château de Talmond, l’un des lieux de chasse préférés des ducs d’Aquitaine, puis avait fondé une abbaye, la Maison-Dieu de Saint-Morillon, ordre semi-chevaleresque et semi-religieux, ce qui était, en 1107, d’une grande originalité.

Ces deux donations (…) produisirent forte impression, venant de cet « ennemi de toute pudeur et sainteté », selon l’avis de Geoffroy le Gros, « de caractère bouffon et lascif […] vautré dans le bourbier des vices » pour Guillaume de Malmesbury, que néanmoins Orderic Vital trouve « audacieux, preux et de caractère extrêmement joyeux, surpassant les histrions les plus plaisants dans ses multiples plaisanteries ». (…)

Le revirement de cet insolent suzerain était donc de taille. Rita Lejeune, l’éminente médiéviste, professeur à l’université de Liège, l’a admirablement résumé : « Ce puissant seigneur, en effet, qui se distingue de ses contemporains par son irrévérence déclarée à l’égard de l’Église et de la religion, et qui s’amusa longtemps à afficher envers les femmes un libertinage cynique, commença d’abord par se gausser, dans ses cansos, des succès éclatants que l’esprit de Fontevraud exerçait dans son entourage féminin immédiat ; mais, après, il laissa transparaître, dans des poèmes étonnants de modernisme à leur époque, les symptômes d’un mysticisme mondain, et, bientôt, les signes éclatants d’une exaltation amoureuse où la femme soudain sublimée, se présentait comme la suzeraine dans le couple : l’amour courtois venait de s’affirmer… »

Aliénor, elle, perpétuait donc ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud ; avec elle l’attachement pour cette abbaye, dans laquelle la femme jouait un rôle éminent, va s’amplifier et s’accentuer au point de marquer toute sa vie de reine. (…) Entre 1155 et 1158, Aliénor installe un monastère de l’ordre de Fontevraud à Westwood en Angleterre dont elle est désormais reine. Vers 1162, Aliénor et son époux Henri II, qui partage son affection pour Fontevraud, approuvent les conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts-de-Cé qui est un lieu de grande circulation et donc de fort rapport. On note encore de nombreuses confirmations : 1164, celle d’un don de 35 livres fait directement sur les ressources de l’Échiquier (la Chambre des comptes des rois d’Angleterre) ; 60 livrées de terres prises sur le manoir de Leighton à Bedford ; le droit de foire concédé aux religieuses de Eaton appartenant à l’ordre de Fontevraud. Cette poussière de droits et concessions qui fait alors la trame de l’existence quotidienne des collectivités comme des particuliers, tout infimes qu’ils nous paraissent, n’en font pas moins vivre une foule de gens. (…)

Régine Pernoud développe ensuite l’ensemble des évènements qui maillèrent l’existence plutôt mouvementée d’Aliénor d’Aquitaine ; celle-ci séjourna à plusieurs reprises à l’abbaye de Fontevraud, lieu bien-aimé d’elle, qu’elle soutint de ses dons tout le long de sa vie. Son beau gisant aujourd’hui encore y demeure animant l’abbaye de sa présence. Un autre livre intitulé Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoud en fait une rétrospective plus complète.

6/ Les femmes et la vie sociale : le mariage

à suivre…

 


Un autre trait de l’époque sur lequel attire notre attention Régine Pernoud est le désir des hommes de plaire aux femmes. Par quels attributs ? Régine Pernoud nous relate ce qu’en disent les chroniqueurs de l’époque (p141-142).

« Du point de vue de la chronique, le malheureux, qui était affublé d’oignons et de durillons disgracieux, est surtout connu pour avoir lancé la mode des « pigaces », ces souliers à bout relevé, œuvre d’un certain Robert, attaché à la cour du roi d’Angleterre et qu’on surnomma aussitôt le « cornard » : c’était, avant la lettre, les chaussures à la poulaine dont la mode sévit de nouveau au XVe siècle : le bout des souliers démesurément allongé et rempli d’étoupe, se recourbe comme une corne de bélier. Orderic Vital estime semblable usage comme extravagant et aussi répréhensible que la mode des longs cheveux importés alors d’Angleterre. Il stigmatise toute une jeunesse turbulente qui s’abandonne à la mollesse féminine, précisément pour mieux séduire les femmes : « Autrefois ne portaient barbe et cheveux longs que les pénitents, les captifs, les pèlerins […] à présent ce sont presque tous les gens du peuple qui vont cheveux en cascade, barbus à souhait […] ils se frisent les cheveux au fer, ils couvrent leur tête d’un turban, sans bonnet… ». (…) « Ce qu’autrefois les gens honorables auraient jugé parfaitement honteux… est considéré aujourd’hui comme pratique hautement honorable. » (…) Ce qui est nouveau : le goût de plaire aux femmes. Et de leur plaire en adoptant des critères féminins de séduction : recherche et raffinement dans le vêtement et la coiffure, attrait pour tout ce qui peut parer et embellir ; une sorte de coquetterie généralisée, dictée par celles dont on souhaite attirer les regards.

Orderic Vital n’est pas seul à relever ce trait nouveau de société. On lit les mêmes reproches sous la plume de Malmesbury, qui blâme vivement les chevaliers de l’entourage de Henri Ier Bauclerc parce qu’avec leurs cheveux flottants ils semblent vouloir rivaliser avec les femmes. (…) »

https://blogs.mediapart.fr/noelle-sanz/blog/270918/la-femme-aux-temps-des-cathedrales-deuxieme-partie-4

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Foulques V d’Anjou. Pélerin de Fontevraud et roi de Jérusalem !

Melisende_and_Fulk_of_JerusalemFoulques V , dit le jeune, comte d’Anjou puis roi de Jérusalem naquit vers 1090, de Foulques IV le Réchin et de Bertrade de Montfort.

Il se maria une première fois en 1109 avec Eremburge  du Maine dont il eut une fille  Mathide d’Anjou, future  II éme Abbesse  de l’Ordre (1106-1149-1155) . Puis, devenu veuf,  il épousa en secondes noces Mélisende, fille de Baudoin, Roi de Jérusalem.

<—http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d2/ Melisende_and_Fulk_of_Jerusalem.jpg

(Mariage entre Foulques V d’Anjou et Mélisende de Jérusalem)

Foulques V était  profondément attaché à l’Ordre de Fontevraud qu’il favorisa et  dota amplement.

Empli d’une grande admiration et estime pour Robert d’Arbrissel, Foulques assista à ses funérailles en 1116. En 1119, il fut également  présent  lors de la dédicace  de l’église abbatiale par le pape Callixte II.

Avant  de quitter l’Anjou afin d’être  sacré roi de Jérusalem (1131) . Foulques  se rendit  avec ses quatre enfants à l’Abbaye de Fontevrault. Il  confirma alors toutes ses donations  et affirma   sa confiance en l’Abbessse Pétronille  de Chemillé, sa  « conseillère  famillière ».

Il mourut en 1143, son fils Geoffroy dit le Bel qui lui succéda au gouvernement de l’Anjou eut  des relations  beaucoup plus distantes avec  l’ordre.

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-V- Quelques éléments chronologiques de la vie du Pape Callixte II

D’abord  Archevêque  de Vienne , il succéda au  Pape Gèlase II, le  2 février 1119.

Le 8 juillet de la même année, Callixte II tint  un concile  à Toulouse et menaça d’excommunier tout ecclésiastique ayant  renié ses  voeux (C’était le cas de  certains moines de Fontevrault). Il prohiba aussi  le port  de la barbe (Robert d’Arbrissel était barbu). Puis Callixte II se rendit à Fontevrault le dimanche 31 août  afin de  consacrer  l’église abbatiale Sainte-Marie, il plaça  des reliques  de Saints sous l’autel et prêcha  l’innombrable  foule assistant à la cérémonie au cours de laquelle il y eut prise de  voile. Callixte II fit aussi planer  des croix afin de  délimiter l’enceinte abbatiale  qu’il déclara inviolable; En  guise de  pénitence, Pierre  de Pareds, seigneur poitevin,  dût promettre d’acquérir la terre de La Pignardière, proche de Chantonnay  et  d’en faire don à l’ordre.  Le 1 er septembre, Callixte II confirma les  statuts de Robert d’Arbriisel ainsi que la soumission des moines  aux moniales.

Ayant rejoint Marmoutier-lèz-Tours, le Pape adressa , le 15, à Pétronille de Chemillé une  bulle  confirmant  les  possesions présentes et à venir  de l’Ordre. puis, le 16, il adressa  une deuxième  bulle à tous  les fidèles les informant que  Guiilaume, évêque de Poitiers ayant instauré des  « confrères » de Fontevrault,  il était  bienvenu de faire des dons aux moniales; Enfin,  par une troisième bulle, il demanda aux archevêques  d’exempter l’Ordre des dîmes. Ces trois  bulles  formèrent  la première Charte fondamentale  de Fontevrault. De passage  à Lyon , le 23  juin 1120, il approuva la donation de Beaulieu-en-Roannais où s’était  fixé un prieuré fontevriste.

Sur le  don de la terre de la Pignardière                                                                                                                                                       http://recherche-archives.vendee.fr/archives/catalogue/lieu/Pignardière,%20la%20(Chantonnay)/Y

Sur le  prieuré de Beaulieu-en-Roannais  (42300 RIORGUES)                                                                                http://monasticmatrix.osu.edu/monasticon/beaulieu-en-roannais

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Classé dans Département 42, Département 49 (a) , Abbaye royale de Fontevraud

-R- Prieuré de la Regrippière (44330- Vallet)

Dépendant de la Loire-Atlantique (Diocèse de Nantes), ce prieuré  fut installé  sous Pétronille de Chemillé  sur un site reçu de Maurice Gaudin  situé entre 1114 et 1119 . Sis sur la rive nantaise du ruisseau l’arrosant , ce prieuré  confirmé  par le pape Callixte II en 1131 , donna naissance  au village existant.

L’église  du prieuré renfermait  une relique de la Vraie Croix, à l’origine d’un pélérinage ayant lieu le 3 mai. C’est au cours  de cette cérémonie que le recteur de la  Chapelle-Heulin et ses  complices dérobèrent « Offertes  chandelles et autres oblations du menu peuple« .

En 1642, le roi Louis XII accorda aux moniales  le droit de plaider uniquement  devant  sa justice. Les religieuses  confrontés à de nombreux procès dus à l’importance  du temporel (Bois, Vignes,  Landes, onze Métairies  et Bordages, Moulins, Fours, Rentes et dîmes), usèrent  souvent  de ce privilège.

Au XVII eme siècle, le prieuré tomba en décadence, surnommée  les  » éveillées de La Regrippière« ,  les moniales  ne  vivaient  plus en communauté et avaient abandonné la clôture. Informé de la  situation, en 1638, le grand réformateur Ollier se rendit  sur place et réussit à convertir  quatorze religieuses sur  quarante. Puis trois ans plus tard, au cours  d’une deucième  visite, il rétablit la  clôture malgré des résistances.

De 1668 à 1713, La  Regrippière  abrita  quarante deux religieuses  dont trente deux dames  de choeur et douze converses . A partir du XVII e siècle , des dames de choeur, recrutées  à l’origine dans la noblesse régionale le furent également alors dans la bourgeoisie et le nombre  des converses diminua. Quant  aux religieux;  issus généralement d’un milieu modeste, ils étaient logés dans le couvent de Saint -Jean de-l’Habit séparé  de  celui des religieuses par un mur.

Au moment  de la Révolution,  le prieuré  ne  comptait  seulement  que  dix-sept dames de  choeur, dix-huit  converses, trois prêtres d’âge avancés. L’inventaire  effectué  le 12 juin 1790 par le président  du district de Clisson,  Paimparay, révéla  que malgré un temporel  toujousrs  considérable,  la  communauté  religieuse  vivait  bien simplement . A la  question des Municipaux : « Quelles  sont celles d’entre  vous  qui veulent  quitter cette maison, » La prieure répondit que toutes les moniales  désiraient rester et  une moniale mourut d’émotion.

Le 1 er octobre le maire, le citoyen Forget  fit évacuer le monastère et ordonna sa  fermeture. Certaines religieuses  rentrèrent  dans leur famille. D’autres  furent emprisonnées  pendant un temps. Cinq d’entre elles  se retirèrent  à Gesté (49600) , paroisse d’Anjou voisine  de La Regrippière  où elles mirent à l’abri la relique de la Vraie Croix  que l’on peut encore  y vénérer aujourd’hui. Il ne reste plus rien du prieuré pillé  puis incendié par les révolutionnaires.

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-I- LE PRIEURE FONTEVRISTE DE TUSSON; UNE INSTALLATION DIFFICILE.

« Après l’installation à Tusson des religieuses  de Fontevraud, Robert d’Arbrissel prit  cependant la précaution de demander une  confirmation  au légat Gérard  d’Angoulême » ; les  conditions d’installation de ses moniales lui paraissant sujettes à caution.  Suivant la vie  du bienheureux Giraud de Salles, Robert avait l’intention de faire de  cette maison la ‘mère et tête de l’ordre’.. Giraud de Salles, un des premiers  disciples de Robert  semble avoir été chargé  d’établir le nouvel établissement . Pourtant,  à cause du manque d’aau, le projet  dût être  réduit  et la maison de Tusson devint  un simple  prieuré de femmes.

C’est peut-être  en voyant  la maison de Tusson renoncer  à ses ambitions   primitives, ou  pour tirer  parti de la mort  de Robert d’Arbrissel  (4 avril 1117) ; (NDLRB :?) que les moines de Nanteuil  revendiquèrent de nouveau , dés 1118, leurs droits sur  Tusson. Cet appel du  jugement épiscopal  précédent  relevait  bien des  compétences du légat pontifical. Gérard ouvrit  Angoulême  un concile  auquel furent  convoqués treize  évêques et archevêques.(Ceux-ci confirmèrent l’authenticité  ds pièces produites lors du premier jugement). La possession de Tusson  fut ainsi assurée  à Fontevraud  et les  moines de Nanteuil  durent  quitter  définitivement  le lieu »… Un an plus tard, l’abbaye de Fontevraud  obtint  du pape Callixte II une  confirmation  de ses  biens et privilèges (15 septembre 1119) : Tusson  y est  bien mentionnée  dans la liste  des dépendances.

Soline  Kumaoka. Les jugements du légat  Gérard d’Angoulême  en Poitou au début du XII e siècle.

Bibliothêque de l’ecole des Chartes . Tome 155. 1997 p 332.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1997_num_155_1_450870?_Prescripts_Search_tabs1=standard&

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-C- (1119) LE PAPE CALLIXTE II DEDICACE L’ABBATIALE SAINTE MARIE DE FONTEVRAUD

Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne,  est élu  pape (Callixte II; 1050/1119/1124)   à Cluny le 2 février 1119. Avant de rejoindre Rome , il décide de faire une tournée en France, tour née destinée à affermir le prestige politique de la papauté, avant le concile convoqué à Reims pour l’Automne.  Après  avoir traversé l’Auvergne, le Languedoc, le Périgord et l’Angoumois, , il passe par Poitiers et Loudun et s’arrête  à Fontevrauld à la demande de Guillaume, évêque de Poitiers, avant de continuer par Saint-Florent,Sain -Maur de Glanfeuil , Angers et Marmoutier .

A Fontevraud, le 31 août 1119 , il approuve les statuts de l’ordre, dépose des reliques dans l’autel et célèbre la dédicace   de l’édifice cultuel (oratorium ) . Le lendemain, dans le chapître , il donne confirmation, par une bulle spéciale ,des possessions et privilèges de  l’abbaye

René Crozet. L’église  abbatiale de Fontevrault . Ses rapports avec les églises à coupoles d’Aquitaine et avec les églises de la région de la Loire

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Classé dans Département 49 (b) , Commune de Fontevraud-L’Abbaye excepté l' abbaye